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Flâneries protestantes au cœur de Paris Version imprimable Suggérer par mail
30-03-2011

Les pas de la journaliste Anne Cendre nous font découvrir une centaine de rues portant le nom d’un protestant. Invitation à musarder

paris

Flânez à Paris à la recherche des rues portant le nom de protestants célèbres. 

Photo : photos Godong, Pascal Deloche

 
Une fois installée, elle a voulu mieux connaître Paris. La journaliste Anne Cendre a eu l’idée originale de rechercher toutes les rues de la capitale française baptisées du nom d’un protestant. «C’était un bon motif pour découvrir des coins que je ne connaissais pas, se souvient-elle. Sur les 6000 rues parisiennes, j’en ai trouvé une centaine portant un nom protestant.» Son guide «Promenades protestantes à Paris»* nous invite à une flânerie qui aiguise la curiosité.

Dans une capitale catholique et laïque, cent protestants célèbres, c’est à la fois peu et beaucoup. «J’ai voulu rendre les protestants visibles», admet la journaliste de la radio Fréquence protestante, dont les programmes sont diffusés sur une chaîne… catholique. D’ailleurs – simple hasard? – ces rues protestantes sont le plus souvent courtes. Pas toutes jolies, avouons-le, mais toujours dans un quartier qui vaut le détour. «Levez les yeux lorsque vous vous promenez dans la ville!» répète Anne Cendre. Et découvrez mieux qui se cache derrière les noms des artères et avenues.

Van-Gogh, Jean-Sébastien Bach, Pestalozzi, Le Corbusier, Rembrandt, André Gide, Arthur Honegger… «J’ai découvert une diversité passionnante de professions parmi nos protestants célèbres. Beaucoup sont fils ou petit-fils de pasteurs, sans doute parce qu’on trouve chez eux un goût prononcé pour l’instruction.» Une chose est sûre, les pasteurs eux-mêmes n’ont pas eu la cote, ou le pouvoir, à Paris: deux d’entre eux seulement ont une rue, alors que le plan compte pléthore d’abbés et de saints.

Commençons par la rue Jean-Jacques-Rousseau, au sud du Jardin des Halles dans le 1er arrondissement. L’écrivain, né à Genève, y a eu son dernier logement parisien. Protestant d’origine, il a renoncé à sa confession avant d’y revenir, rappelle Anne Cendre, mais il a toujours été croyant: «Je suis chrétien, non comme un disciple des prêtres, mais comme un disciple de Jésus-Christ», écrivait le philosophe dont l’esprit critique a marqué son temps.

Après avoir exploré les richesses de ce quartier plein d’histoire, remontons la Seine jusqu’au square Albert-Schweitzer, dans le 4e arrondissement. Un petit jardin et une place de jeux commémorent le célèbre docteur de Lambaréné au Gabon, Prix Nobel de la paix. Professeur de théologie et organiste, Albert Schweitzer abandonne tout à 30 ans pour devenir médecin, parce que «la seule vérité et le seul bonheur sont de servir notre Seigneur Jésus-Christ, là où il a besoin de nous», écrit-il en postulant à la Mission évangélique de Paris. La presse le qualifiera de «plus grand chrétien du monde». Mais le superlatif fâche celui qui se voit comme «un être simple qui veut faire découvrir aux hommes que la pensée les conduit… à l’amour».

Calvin méconnu

anne_cendre

Dans le 5e, Anne Cendre nous conduit à la rue Jean-Calvin. Un lieu morose à défier l’humilité réformée! Le quartier vaut davantage le détour que la portion dédiée au réformateur genevois – passez au pittoresque marché permanent de la rue Mouffetard et à l’église Saint-Médard où «un tumulte» entre paroissiens protestants et catholiques en 1561 a été le prélude aux guerres des religions. Quant à Jean Calvin, les habitants du quartier ne le connaissent pas, constate la journaliste en les abordant. «Calvin est toutefois mieux loti que Luther, qui attend toujours sa rue», plaisante Anne Cendre.

Quant aux femmes protestantes, il n’y en a que trois. Nous retiendrons la rue Mme de Staël, dans le 15e. La romancière Germaine de Staël est fille du Genevois Jacques Necker, ministre de Louis XVI, et de la Vaudoise Suzanne Curchod, à l’origine de l’important hôpital Necker à deux cents mètres de là. «J’aime beaucoup cette écrivain passionnante, nous confie notre guide. Elle a mené une vie extraordinaire.» Si les idées religieuses de cet esprit indépendant évolueront, elles resteront fidèles au protestantisme, écrit sa cousine et biographe Mme Necker de Saussure.

«Promenades protestantes à Paris» se potasse avant de partir à la découverte, conseille Anne Cendre. Son coup de cœur? La place de l’Edit de Nantes, dans le 19e. Haut lieu d’histoire, un coin agréable le long du canal de l’Ourcq, avec de petits ponts et, du sommet d’une tour, une vue magnifique.

  • G.D.

Un livre

* Anne Cendre, «Promenades protestantes à Paris»,
Labor et Fides, 350 p., 38 fr.