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Les croyants de religions diverses peuvent-ils
prier ensemble? Des chrétiens ouvrent le débat
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Juifs, musulmans, bouddhistes, des compagnons de prières pour les chrétiens?
Photo : iStock
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La société est devenue si plurireligieuse que la question devient brûlante: les croyants de religions différentes peuvent-ils à certaines occasions prier ensemble? Des représentants des Eglises du canton de Vaud se réuniront en avril pour en débattre. «Certains estiment qu’il n’est possible de prier qu’avec des croyants de sa confession. Mais pour d’autres, Dieu se situe au-delà de leur propre tradition et de celles d’autrui. Pour eux, les croyants ont donc la liberté de prier côte à côte, voire les uns avec les autres», résume Timothée Reymond, pasteur responsable du dialogue interreligieux dans l’Eglise réformée vaudoise.
Plusieurs modèles existent d’ailleurs. Le premier consiste à «être ensemble» pour prier. Les prières de traditions différentes sont alors simplement juxtaposées, dans une écoute respectueuse, parfois même en des lieux différents (lire ci-dessous). Un deuxième pas, plus rare, réunit des croyants qui partagent une prière commune. «Cela requiert une certaine maturité spirituelle et une liberté intérieure», précise le pasteur. Enfin, les groupes du Dialogue interreligieux monastique explorent une troisième formule: des moines de diverses religions se réunissent pour méditer ensemble en silence.
Mais au fond, quel est le but de tout cela? «Au cœur de la prière, je me tiens face à une réalité qui me dépasse, explique Timothée Reymond. Donc en priant, nous exprimons quelque chose de commun, même si l’expression n’est pas la même. Nous découvrons que nous ne sommes pas les seuls à nous tenir devant l’au-delà de tout.»
Un chrétien ne se mettra pas pour autant à prier Shiva. «Je peux très bien assister à une prière hindoue, tout en gardant dans mon cœur ma relation au Christ. De même, l’hindou ne va, a priori, pas prier le Christ. Chacun s’adresse au Dieu de sa tradition.»
Prier ensemble comporte aussi des risques de syncrétisme. «La tentation de puiser un peu dans chaque religion existe aujourd’hui, le plus souvent chez des personnes qui ne sont pas ancrées profondément dans une tradition, admet le pasteur. Mais le risque est faible chez un croyant qui cultive sa relation au Christ. Car l’expérience montre que l’ouverture à l’autre aide à approfondir sa propre tradition. Si je suis attentif à la prière de l’autre, je deviens d’autant plus attentif à ma prière.»
«Des obstacles théologiques»
La prière interreligieuse, Christian Bibollet ne la considère pas d’un bon œil. Responsable du Réseau évangélique suisse pour les questions relatives à l’islam, il voit des obstacles «au niveau théologique». «Même si, en priant, un chrétien, un musulman et un hindou semblent avoir une activité commune, il n’y a pas de rapport entre ce que les uns et les autres font. Car la compréhension que nous avons du destinataire est trop différente», estime-t-il.
Le chrétien évangélique interpelle: «Les représentants des autres religions sont-ils réellement demandeurs de telles prières? Non! Ce souci est chrétien.» Pour lui, une prière interreligieuse n’est envisageable que «dans des situations tout à fait exceptionnelles», comme un rassemblement de solidarité après une catastrophe naturelle. «Chacun peut amener sa propre sincérité dans une telle démarche, mais cela va difficilement plus loin, car nous avons des compréhensions spirituelles différentes, voire conflictuelles.» Les débats du mois d’avril s’annoncent passionnants.
En faire plus
- «Prier dans un contexte interreligieux?», journée de réflexion entre chrétiens, mardi 24 avril, 9h-17h à Crêt-Bérard. Regards théologiques croisés, ateliers et présentation d’expériences vécues, avec divers invités. Prix: 80 fr. Rens.: 021 331 57 49. Détails et inscriptions en ligne sur www.ceccv.ch
Une prière concrète
Brigitte Gobbé, animatrice du Mouvement franciscain laïc, a participé à l’organisation de l’une des plus grandes expériences de prière interreligieuse en Suisse. C’était en 2006 à Saint-Maurice, lors du 20e anniversaire de la rencontre d’Assise pour la paix. Communautés musulmanes, chrétiennes, bouddhistes, hindouistes, bahaïes s’étaient unies pour prier. «Chaque religion a prié en même temps, mais dans des endroits différents, pour éviter tout syncrétisme. Tous avec un objectif commun: prier pour la paix», raconte la théologienne en précisant que «la simultanéité augmente l’énergie priante».
L’événement s’est terminé en point d’orgue. «Un cortège final a rassemblé tous les croyants, comme la louange de tout un peuple», se souvient Brigitte Gobbé. Elle espère, une prochaine fois, vivre en plus un espace de méditation tous ensemble: «Dans le silence, il serait possible d’être en communion de prière dans un même lieu.»
Pour elle, la démarche interreligieuse offre ouverture, humilité et approfondissement de sa tradition. «Dieu est plus grand que notre cœur. Des semences du Verbe sont dans toutes les traditions. L’Esprit agit aussi ailleurs que dans nos communautés.» Et d’en déduire: «L’interreligieux est un don de l’Esprit. Ce n’est pas quelque chose que les êtres humains fabriquent eux-mêmes.»
Brigitte Gobbé admet que l’interreligieux vient souvent du côté des Eglises chrétiennes. «Mais des croyants d’autres religions nous le demandent maintenant aussi», révèle-t-elle. Dans tous les cas, diffuser l’amour est une vocation pour les Eglises: «Nous ne pouvons le garder pour nous.»
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