|
Bible ouverte
|
L'évangile de Thomas, une lecture juive |
|
|
| 19-01-2012 | |||
|
Frank Lalou découvre une image originale de Jésus dans le texte apocryphe
Un jour avant, il est encore nimbé des choses divines», précise Frank Lalou. Ce Français de 53 ans, élève d’André Chouraqui, a consacré un gros ouvrage à cet évangile étonnant. «Je me suis demandé comment un juif ignorant du christianisme pouvait comprendre le texte, qui n’a pas été pollué par deux mille ans de commentaires. Le fait de ne présenter ni biographie, ni la Passion, mais seulement ses paroles, permet de rendre Jésus aux siens. L’essentiel de la polémique entre juifs et chrétiens s’est faite sur sa biographie, la naissance virginale, et la Passion à laquelle sont liés deux mille ans d’antisémitisme.» Frank Lalou voit dans l’évangile de Thomas un Jésus profondément humain. «Ainsi dans le passage où Jésus ordonne de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, il ajoute, dans l’évangile de Thomas: ‹Rendez-moi ce qui est à moi.› A l’homme ce qui est à l’homme. Il y a l’Etat, la religion et l’homme. Pour Jésus, l’humain prime tout, même la religion.» Le spécialiste s’émerveille de la concision et de la puissance des sentences de l’évangile de Thomas. Certes, deux tiers des paroles de Jésus qui le constituent se retrouvent dans les autres évangiles. Mais l’apocryphe a son style bien à lui. Ainsi dans la scène où Jésus demande à des disciples comment ils le voient. Un grand prophète? Le Messie? Un philosophe? Jésus glisse un mot à l’oreille de Thomas. «Qu’a-t-il dit?» interrogent les autres. «Si je vous le disais, vous me jetteriez des pierres», répond l’initié. «J’ai mon interprétation, poursuit Frank Lalou. Il lui a dit: ‹Je suis un homme›, (ben adam) c’est la pire des révélations qu’un grand maître puisse faire. Celui qui annonce la nouvelle mérite qu’on lui jette des pierres. Le maître est pourtant revenu à la chose la plus noble qui soit.» La citation préférée du connaisseur est la 42e. Jésus disait: «Soyez passant». Il ne voudrait pas dire ici, comme l’entendrait une moralité consensuelle, que la vie est un passage et que rien ne nous appartient. «Jésus dit en fait, à ces Hébreux qui l’écoutent: ‹Soyez hébreux!› Car passant et hébreu sont le même mot. Mais ce passant, qui est aussi un passeur, contient également une connotation de transgression. Jésus leur dit aussi: ‹Soyez des transgresseurs.› Les religieux ont tendance à vouloir que tout tourne en rond. Or Jésus leur dit de ne pas avoir peur de remettre en question leur tradition. En cela, il est complètement juif et hébreu. Il y a dans ce peuple une fonction de mémoire et une autre de casseur de mémoire pour faire avancer les choses. Jésus était un transgresseur qui provoquait les gens, comme le seront aussi les Mahler, les Freud, les Einstein…» Plus d’une fois, chez Thomas, Jésus parle du Royaume, qu’il compare à un «trésor impérissable, qui demeure», la perle pour laquelle le marchand a vendu toute sa marchandise. Le royaume est aussi la pâte dans laquelle une femme a mis un peu de levain et qui va donner du bon pain… «En hébreu, le royaume est au féminin, note Frank Lalou. Ce n’est pas le lointain royaume des cieux. C’est le degré obligé pour accéder aux autres niveaux spirituels. Le royaume est la terre. C’est le seul endroit où vivre pour s’améliorer. On ne peut s’élever spirituellement qu’à partir d’elle. Le travail de l’évangile est de ramener au corps. Tout passe par lui. L’Eglise des juifs est la table familiale. Le passage obligé pour vivre toute expérience qu’un homme peut vivre.»
En savoir plus
|
|||
Dernières nouvelles
-
Une veillée de prière à Villars avant les obsèques de Marie
17.05.2013 -
Autodafés de livres organisés par les nazis il y a 80 ans
17.05.2013 -
Une veillée pour Marie
16.05.2013 -
Villars: Une veillée pour Marie
16.05.2013 -
Révision de la loi sur l’asile: divergences dans les milieux protestants
16.05.2013









Haut de la page