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«Osons l'accueil!» à Fribourg

 «Il ne faut pas seulement dire aux autres ce qu'il faut faire... Nous devons, nous assi, agir concrètement et nous montrer solidaires!» A la Rue des Chanoines 13, à Fribourg, l'occasion de joindre l'action à la parole s'est vite présentée au chanoine Claude Ducarroz: un appartement s'étant libéré après le décès du chanoine Brügger, le prévôt du Chapitre cathédrale de Saint-Nicolas a proposé aux autres chanoines de le réserver à des requérants d'asile. Le Chapitre, unanime, a accepté d'héberger une famille. Quitte à y laisser des plumes au plan financier... 1800 fr. de location mensuelle.

«On met l'appartement à disposition pour 50 fr. par mois, on est dans le registre du bénévolat!» La famille Rezai – un couple et ses quatre enfants – est arrivée il y a quelques mois d'Afghanistan. Elle restera dans cet appartement jusqu'à la fin de l'année, jusqu’à la nomination de nouveaux chanoines, qui occuperont alors les lieux. Ces requérants d’asile sont pris en charge par la société ORS Service AG, chargée par le canton de Fribourg de l’accueil, de l’encadrement et de l’hébergement des requérants d’asile.

L'appel du docteur Bernard Huwiler

Comment toute cette action a-t-elle démarré? C'est d'abord une histoire d'amitié: le docteur Bernard Huwiler, de Vaulruz, l'ancien conseiller d'Etat Pascal Corminboeuf, de Domdidier, et le prévôt Claude Ducarroz, à Fribourg, se connaissent depuis des lustres. Ils ont lancé ensemble l'action «Osons l’accueil!».

«Bernard, c'est une personnalité qui a l'esprit d'ouverture de son oncle, l'abbé Pierre Kaelin, le digne successeur de l'abbé Bovet. Avec Pascal, nous avons tous trois une pensée commune face aux drames du monde... On s'est dit tout de suite qu'il fallait agir, mais dans une fraternité lucide et responsable. Il ne suffit pas d'avoir bon cœur, il faut aussi avoir le sens des réalités et des responsabilités», explique le prévôt Ducarroz.

Une excellente collaboration avec l'Etat

Les trois se mettent aussitôt en contact avec l'Etat de Fribourg, pour agir en partenariat: «Pas question de faire cavalier seul et d'agir de façon parallèle. On veut tout simplement apporter notre pierre à l'édifice. Il faut à cette occasion rendre hommage à la conseillère d'Etat Anne-Claude Demierre, en charge du dossier au niveau cantonal, et à ses collaborateurs. La collaboration avec eux est exemplaire!».

«Osons l’accueil!», qui est un mouvement apolitique et sans orientation religieuse, a également récolté tout de suite un grand écho dans la population fribourgeoise: de nombreuses familles se sont annoncées pour soutenir la démarche d'accueil et offrir des possibilités de logement pour les requérants d'asile.

La démarche faisant boule de neige, les communautés religieuses, de leur côté, ont mis sur pied le projet «Don de Dieu - don de l’autre», une initiative œcuménique et bilingue que les Eglises catholique et réformée fribourgeoises viennent de lancer, également en partenariat avec les services de la conseillère d’Etat Anne-Claude Demierre, responsables du dossier des requérants d’asile.

Une population fribourgeoise accueillante

«La solidarité est impressionnante. Je suis fier de ce canton et de sa population», insiste le prévôt Ducarroz. L’arrivée des requérants d'asile à la colonie L’Ondine, à Enney, dans la commune de Bas-Intyamon, qui abrite un centre d'hébergement temporaire, a été bien préparée; la population locale s’est montrée accueillante.

L’abbé Claude Deschenaux, curé modérateur de l’Unité pastorale de Notre-Dame de l’Evi, et son équipe, se sont d’emblée engagés pour favoriser l’accueil et l’accompagnement. «Cela fait immédiatement une différence avec d’autres régions où le curé est resté silencieux…».

Des bruits de pas au-dessus de l’appartement du prévôt

Depuis le 7 janvier, le prévôt entend les enfants de la famille Rezai marcher au-dessus de sa tête, dans l'appartement du 1er étage. Le Père, Jawad Rezai, 40 ans, est originaire de Ghôr, une province montagneuse du centre de l'Afghanistan. Il a vécu en Iran depuis son plus jeune âge. Son épouse, Massome, 35 ans, née en Iran, vient de Ghazni, également au centre du pays. Ils ont quatre enfants, dont un garçon, Mostafa, 14 ans, sa sœur Fatima, 13 ans, un autre frère, Morteza, 11 ans, et la dernière, Farneza, âgée d'un an et demi.

La famille Rezai appartient à l’ethnie des Hazâras, soumise pendant des siècles à de graves discriminations, notamment parce que ses membres sont d’obédience chiite dans un pays en grande majorité sunnite. Ils sont désormais la cible des talibans et des djihadistes qui ont fait allégeance à l’«Etat islamique».

Etrangers dans leur propre pays

Mostafa nous explique, dans un anglais parfois hésitant – il s’aide du dictionnaire de son iPhone pour trouver les mots corrects - que la famille a été déportée d’Iran, où son grand-père s'était installé. Un jour, un policier iranien a déchiré leurs papiers et comme ils étaient étrangers, ils ont dû retourner en Afghanistan. La famille de Jawad s’était réfugiée en Iran une nouvelle fois parce que ce dernier avait échappé aux talibans, qui l’avaient capturé et voulaient le tuer.

De retour en Afghanistan, la famille était – là aussi ! - considérée comme étrangère. Par conséquent, les enfants ne pouvaient pas fréquenter l'école, n'ayant plus de papiers. Mostafa a finalement pu étudier, car son père avait pu payer le directeur de l'école... Mais, à la fin de l'année, n'ayant pas de statut, il n’a pas pu avoir de diplôme. «Je n'avais de ce fait pas d'avenir dans mon pays!», lance Mostafa. Son père, qui n'avait pas de documents, travaillait dans la construction, au jour le jour. Cette situation précaire, et la menace des talibans, les ont poussés à l'exil.

Menaces des talibans

«Nous sommes arrivés en Suisse le 12 novembre dernier après être passés par l'Iran, la Turquie, la Grèce, la Macédoine, la Serbie, la Croatie, la Slovénie, l'Autriche et l'Allemagne», énumère Mostafa. Pour passer d'Iran en Turquie, par les montagnes, la famille a dû marcher durant 13 heures, et payer 5000 euros aux passeurs. Après, c'est le voyage en bus vers Istanbul, puis la traversée en mer Egée pour arriver à Mytilène, sur l'île de Lesbos.

«On a eu très peur en traversant la mer pour se rendre en Grèce: on était 60 personnes sur un bateau de 9 m de long!» Suivent le départ en ferry pour Athènes, la traversée des pays des Balkans en bus et en train, l'hébergement dans un camp en Allemagne, puis l'arrivée à Bâle, le transfert au centre d’enregistrement et de procédure fédéral (CEP) de Vallorbe, et finalement l’attribution à un centre d'accueil en Gruyère, géré par la société ORS Service AG.

Le périple de la famille Rezai à travers une dizaine de pays leur a pris un mois, et leur a coûté en tout 17 000 euros. Pour le moment, Mostafa et sa sœur Fatima ne souhaitent qu'une chose: aller à l'école. Interrogés sur leur avenir professionnel, tous deux disent: «docteurs!». Alors que l'ORS leur offre des cours de français, Jawad, le père, souhaite continuer à travailler dans la construction, tandis que son épouse Massome – qui allaite encore Farneza – souhaiterait travailler comme vendeuse. Elle avait travaillé auparavant dans un hôtel. - JB, cath.ch

 

 

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