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Polémique sur la burqa, une stigmatisation des musulmans?

«Il faut prendre au sérieux» le récent sondage indiquant que 71% des Suisses voteraient pour une interdiction du port de la burqa, souligne Pascal Gemperli, président de l'Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM). Pour autant, il considère qu'une interdiction du voile intégral ne serait pas une réponse adéquate au malaise palpable des Suisses par rapport à une manière rigoriste de vivre l'islam.

Un sondage conjoint mené pour les hebdomadaires «Le Matin Dimanche» et «SonntagsZeitung» a révélé le 28 août 2016 que 71% des Suisses accepteraient l’initiative prônant l’interdiction du port de la burqa. Le «oui» est massif autant chez les Romands que chez les Alémaniques et chez les hommes que chez les femmes. 55% des personnes interrogées approuvent l'initiative lancée en mars par le comité d'Egerkingen, visant à interdire le voile intégral en Suisse. 16% se disent plutôt d'accord, 9% sont plutôt opposés, alors que 17% rejettent le texte et que 3% ne se prononcent pas.

Le comité d'Egerkingen, mené par des membres de la droite conservatrice, a jusqu'en septembre 2017 pour réunir les 100 000 signatures nécessaires au processus de validation de l'initiative.

Une politique de l'émotionnel

Pascal Gemperli confie à cath.ch ne pas être étonné par ces résultats. «D'après la manière dont la question était posée et au vu de la force symbolique que revêt le voile intégral, je m'attendais à ce genre de pourcentage», assure-t-il. Mais même s'il dit pouvoir comprendre les personnes favorables au «oui», le responsable musulman estime qu'une interdiction du voile intégral ne constituerait pas une réponse appropriée au malaise existant dans la population. «On est dans une politique de symboles qui induit les gens en erreur en leur faisant penser qu'on peut ainsi résoudre les  problèmes. On est dans l’émotionnel», commente-t-il.

0,02% des musulmanes concernées

Il tient à rappeler à quel point le port du voile intégral est minoritaire chez les musulmans de Suisse. «Cela ne concerne tout au plus que quelques dizaines de personnes», donc moins de 0,02% des femmes musulmanes. Dans la communauté musulmane suisse, tout comme dans le Canton de Vaud où il est particulièrement actif, il affirme ne connaître aucune femme portant un habit qui lui dissimule le visage. C'est principalement sur cet aspect que Pascal Gemperli critique le texte de l'initiative. «On associe la communauté musulmane à quelque chose que dans son immense majorité elle rejette», lance-t-il. Le Vaudois craint ainsi que cette polémique constitue une façon de stigmatiser les musulmans du pays. «Cela affaiblit également les acteurs modérés, ce qui est probablement contraire à l’intention de vote du peuple», souligne Pascal Gemperli. «Les musulmans de Suisse, c'est bien autre chose que les minarets et la burqa. Nous avons des choses bien plus importantes à discuter.»

Poser les vraies questions

Bien qu'il comprenne certains arguments des partisans, notamment sur le fait que le voile intégral puisse supprimer l'identité de la personne, il réfute d'autres arguments portés par le comité d'initiative. Pour Pascal Gemperli, l'argument de sécurité ne tient en particulier pas. «Il n'y a pas besoin de porter une burqa pour commettre un attentat», souligne-t-il.

«Nous perdons notre temps à nous défendre»

Il est également sceptique concernant l'aspect de protection des femmes. «Si les femmes en question portent le voile volontairement, alors je pense qu'il faut plutôt agir par des méthodes pédagogiques. Si on remarque qu'elles sont effectivement forcées, les lois déjà existantes doivent permettre de régler le problème, notamment l’article sur la contrainte du Code pénal». Le Vaudois martèle que les communautés musulmanes pourraient être un partenaire à cet égard. «Mais nous perdons notre temps à nous défendre plutôt qu’à agir ensemble vers un objectif commun, qui est la protection de la femme de toute contrainte», observe-t-il.

Le président de l'UVAM est en fait favorable à la constitution d'un contre-projet à l'initiative, qui engloberait la question de la burqa dans un cadre plus général réglant notamment la place des signes religieux dans l'espace public et la clarification des droits et des devoirs de la communauté musulmane en Suisse à travers le cadre légal. «Ce sont là les vraies questions qui doivent être posées concernant la place du religieux en Suisse. Au lieu de cela, on se focalise sur des polémiques stigmatisantes, qui péjorent le dialogue social», déplore le responsable musulman.

Gottfried Locher pour une interdiction de la burqa

Le président du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS), Gottfried Locher, s'est exprimé, dans un entretien diffusé le 29 août par les quotidiens alémaniques «Tages-Anzeiger» et «Bund», en faveur d'une interdiction de dissimuler son visage en public.

«On ne se promène pas nu dans la rue»

Chacun doit montrer son visage en public, estime le responsable protestant. «Celui qui ne montre pas son visage cache l'essentiel de son identité.» Selon lui, «une interdiction de déguisement est meilleure qu'une interdiction spécifique de la burqa». Il est malgré tout opposé à la mise en place d'un code vestimentaire.

Mais grâce à une loi, «nous définissons des limites, et ce, dans les deux sens», remarque le pasteur. On ne se promène pas nu dans la rue, poursuit-il. «D'un autre côté, nous nous assurons que quelqu'un, qui se déplace sur le domaine public, possède une identité". Cela inclut que l'on puisse voir le visage, explique-t-il. Gottfried Locher estime que religion et burqa doivent être considérées séparément. Le visage voilé avec une burqa n'est pas une caractéristique de l'ensemble de l'islam, note-il.

Du côté de l'Eglise catholique, la question est en train d'être débattue. Contacté par cath.ch, l'évêché de Lausanne, Genève est Fribourg (LGF) assure que l'Eglise communiquera sur le sujet en temps voulu. Il est prévu que l'assemblée de la Conférence des évêques suisses (CES) discute de la question du voile intégral la semaine prochaine. Le groupe de travail Islam de la CES s'exprimera en outre à ce sujet en septembre. - cath.ch-apic/ag/rz

 

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