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A la recherche de la Bible

Dans son dernier livre, le journaliste religieux Kenneth A. Briggs recherche la Bible dans la vie publique amĂ©ricaine. Interview.

Kenneth A. Briggs travaille pour le «Godbeat» depuis des annĂ©es, mais aussi en tant que journaliste spĂ©cialisĂ© Ă  Newsday, rĂ©dacteur de la rubrique religieuse du New York Times et depuis peu en tant que contributeur au National Catholic Reporter.
Durant sa carrière, ce mĂ©thodiste de toujours a vu la Bible «devenir une pièce de musĂ©e, vĂ©nĂ©rĂ©e comme un trĂ©sor, intrigante et intouchable», ainsi qu’il l’écrit dans son livre «Le Bestseller invisible: A la recherche de la Bible en AmĂ©rique».
Kenneth A. Briggs a donc entrepris un voyage de deux ans Ă  travers le pays pour enquĂŞter sur la disparition de la Bible de la sphère publique et voir Ă  quels endroits il la trouverait encore. Il a documentĂ© ce voyage dans son ouvrage, paru ce mois-ci aux Etats-Unis.
En chemin, il a rencontrĂ© un professeur d’homilĂ©tique qui encourageait ses Ă©lèves Ă  explorer le texte en se mettant dans la peau des personnages des rĂ©cits bibliques. Il a croisĂ© dans les universitĂ©s Ă©vangĂ©liques des professeurs surpris par le peu de connaissances bibliques de leurs nouveaux Ă©tudiants. Il a assistĂ© Ă  une rĂ©union de personnes promouvant la Bible Ă  Orlando, Floride, inquiètes du fait que personne ne lisait leurs tomes. Il est allĂ© Ă  la convention de la Society of Biblical Literature Ă  Chicago et dans une Ă©glise presbytĂ©rienne traditionnelle en Pennsylvanie. Il a Ă©tĂ© profondĂ©ment touchĂ© par sa visite dans une prison fĂ©dĂ©rale de l’Etat de New York, oĂą, dit-il, les dĂ©tenus connaissaient la Bible mieux que lui.
 
Quand vous affirmez que la Bible est en train de disparaître de la vie publique, que voulez-vous dire?
Eh bien, les gens ne la lisent pas tellement, et elle n’apparaît pas dans le discours public. Elle n’émerge pas vraiment, et les gens n’enont pas conscience. La Bible est en quelque sorte en dehors de l’espace public, d’une manière que je n’avais jamais connue auparavant.

Dans vos voyages et dans tous les lieux oĂą vous ĂŞtes allĂ© la chercher, y a-t-il un endroit oĂą vous vous attendiez Ă  voir la Bible et oĂą elle n’était pas?
Dans les Ă©glises de type «megachurch», c’est-Ă -dire celles qui sont chargĂ©es d’audiovisuel, d’électronique et de musique. J’ai Ă©tĂ© vraiment abasourdi par ce que je voyais comme une version alternative du christianisme, promue par ces moyens. Je ne considère pas ces Ă©glises comme «bibliques» au sens strict. Je les ai plutĂ´t trouvĂ©es hautement stylisĂ©es, ainsi que les images de JĂ©sus vĂ©hiculĂ©es par ces vidĂ©os. D’une certaine façon, j’ai Ă©tĂ© presque choquĂ© qu’ils s’écartent ainsi de l’image beaucoup plus complète du Nouveau Testament. J’ai Ă©tĂ© très surpris.

OĂą Ă©tiez-vous le plus surpris de trouver la Bible?
Je ne sais pas s’il y a eu de grandes surprises. Mais dans les groupes de personnes que j’ai cĂ´toyĂ©s, il y avait des gens qui avaient une approche assez «grave», qui Ă©taient au corps Ă  corps avec la Bible. Ils voulaient vraiment savoir ce que c’était. Cela a Ă©tĂ© la dĂ©couverte la plus surprenante. Beaucoup d’études bibliques se limitent plus ou moins Ă  de l’apprentissage par cĹ“ur ou Ă  ce qu’on appelait le«système bancaire de l’éducation», oĂą un «banquier» distribue des choses, et oĂą les participants prennent et s’en vont.
J’ai passĂ© un peu de temps avec Anna Carter Florence qui enseigne l’homilĂ©tique au Columbia Theological Seminary, en GĂ©orgie. C’est une personne plutĂ´t intĂ©ressante, qui a puisĂ© son inspiration dans son expĂ©rience du théâtre de rĂ©pertoire Ă  Yale, et elle a apportĂ© cela au domaine de la prĂ©dication. VoilĂ  ce qu’une Ă©tude biblique peut ĂŞtre: un lieu oĂą les gens endossent le rĂ´le des personnages des rĂ©cits bibliques. Cela assouplit suffisamment le processus pour permettre aux participants de se demander si cela peut devenir personnel.

MalgrĂ© le rĂ´le diminuĂ© de la Bible dans notre sociĂ©tĂ©, elle est toujours rĂ©pertoriĂ©e dans le Guinness World Records comme le livre le plus vendu au monde. Qu’est-ce que cela dit de nous?
Dans une certaine mesure, nous aimons encore la considĂ©rer comme un artefact, ou un objet-souvenir, ou encore un cadeau Ă  faire Ă  des gens dont nous pensons qu’ils lisent la Bible, mĂŞme si ce n’est pas le cas. Elle reste donc très populaire de cette façon, et aussi comme quelque chose se rapprochant d’une patte de lapin — je ne veux pas le dire, mais c’est presque cela. Il devrait y en avoir une dans chaque maison, et la moyenne se situe entre quatre et cinq.

Selon vous, quelle est la place actuelle de la Bible dans la vie publique amĂ©ricaine, et comment l’avez-vous vue Ă©voluer? Quelle Ă©tait-elle avant?
La Bible est largement mĂ©connue. De mĂŞme, elle est Ă  la portĂ©e de tout le monde, mais on ne prĂ©sume plus que les gens le savent. Avant, on pensait que l’on devait connaĂ®tre quelque chose de la Bible. Et effectivement, les choses Ă  faire et Ă  ne pas faire Ă©taient largement assimilĂ©es lorsque la Bible Ă©tait considĂ©rĂ©e, Ă  tout le moins, comme un livre de règles morales qui vous donne les directives pour entrer dans le ciel ou pour mener une vie dĂ©cente. Mais je ne veux pas ĂŞtre cynique.

Comment pensez-vous que tout cela nous a touchĂ©s en tant que culture? Quel impact cela a-t-il sur la façon dont nous abordons la religion, la politique et la vie publique?
Une chose qui nous manque, c’est le potentiel d’élargir les esprits, les cĹ“urs et les opinions. Je pense que la Bible est le tremplin qui nous ouvre Ă  toutes sortes d’idĂ©es, de pensĂ©es, et de croyances sur le sens de notre vie. Et je pense que sans elle, nous sommes plus Ă©troits d’esprit et nous avons une vision tronquĂ©e des possibilitĂ©s qui s’ouvrent Ă  nous. Je ne pense pas que nous accĂ©dions Ă  un panorama plus complet en nous coupant de la source qui est Ă  la base de tant de dĂ©couvertes. La Bible permet que nous nous sachions appartenir Ă  plus que nous-mĂŞmes ou notre communautĂ© immĂ©diate.

Dans votre livre, vous Ă©voquez l’émergence d’un «christianisme sans Bible»? Pouvez-vous nous parler du rĂ´le que cela joue dans la culture amĂ©ricaine?
L’arrière-plan est bien sĂ»r la RĂ©forme, qui a donnĂ© Ă  au moins une partie des chrĂ©tiens un accès Ă  la Bible comme jamais auparavant. Notre histoire consiste plutĂ´t en un christianisme sans Bible Ă©dictĂ© ou dĂ©fini principalement par une Eglise hiĂ©rarchique, et non par les gens qui lisaient la Bible... Nous avons gagnĂ© la libertĂ© de l’approcher, mais aujourd’hui, nous avons laissĂ© l’exploration de la Bible aux mĂ©dias, au divertissement, Ă  des interprĂ©tations prĂ©fabriquĂ©es et livrĂ©es par audio ou vidĂ©o. Ainsi, il n’y a plus qu’une Bible de substitution qui n’est pas la Bible en soi; dans le mĂŞme temps, les gens ne lisent plus cette dernière. - Emily McFarlan Miller, RNS/Protestinter

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