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«Le chemin m’a conduit vers la chrétienté»

Jean-Bernard Sieber Sélym : « J’ai appris à être libre dans mes pensées, et pour moi Dieu a toujours été là. » Sélym : « J’ai appris à être libre dans mes pensées, et pour moi Dieu a toujours été là. » -

Un ancien musulman établi en Suisse raconte sa conversion au protestantisme

En septembre, Sélym* sera baptisé protestant. « C’est une évidence, pas une décision », témoigne-t-il, les yeux brillants. Sous le soleil au zénith de ce mois d’août, sur une terrasse de Vevey face au lac qui scintille, le temps se prête à la confession. Sélym est né il y a quarante-deux ans dans le sud tunisien, élevé avec ses sœurs et son frère dans un islam modéré. « Mon père travaillait à l’Etat. Il est très cultivé et a toujours favorisé le débat d’idées. A l’école, je défendais un islam modéré, et nous étions déjà confrontés au radicalisme. » Il avoue d’ailleurs que, jeune en Tunisie, il pratiquait peu, n’allant que rarement à la mosquée. « Je me posais des questions car je voyais l’inégalité entre l’homme et la femme, dans les héritages, dans le témoignage au tribunal, le fait qu’une ou plusieurs femmes ne peuvent témoigner seules, un homme doit témoigner aussi. Peu à peu, je me suis éloigné de l’islam mais je gardais un espoir. »

Un mariage protestant

Alors que certains de ses camarades de classe, dont un « qui était assis à la même table », se radicalisent, Sélym complète à 23 ans une formation professionnelle entamée en Tunisie dans la région Riviera-Chablais, grâce à un accord entre la Tunisie et la Suisse. « J’avais essayé d’aller en France, de manière légale, mais ça n’avait pas marché. Et là un jour, je me trouve en pause à la plage quand un ami vient me chercher : ‹Tu pars en Suisse !› Tout ce que je savais de la Suisse était qu’il s’agissait d’un pays propre ! » C’est une semaine avant de devoir repartir qu’il rencontre celle qui va devenir sa femme. Elle est protestante et il l’épousera à l’église. « J’y ai été tout de suite bien accueilli, et durant la cérémonie mon père a lu des versets du Coran et mon frère a joué du luth. » S’il accompagne parfois sa femme au culte, il ne lui laisse pas encore entrevoir que le doute le travaille et qu’il cherche des réponses. « Au fond d’elle, je sais qu’elle souhaitait que je devienne chrétien, mais elle ne l’a jamais exprimé et encore moins imposé. »

Deux ans d’Evangile

Durant deux ans, Sélym se retrouve alors sans travail et avec du temps devant lui. « Je me mets à regarder les infos, à lire, à ne plus rien comprendre de ce qui se passe en Syrie, en Libye, en Tunisie. Je découvre Daech. Même si je l’ai délaissé, ce n’est pas l’islam que je connaissais. » Sans rien dire à sa famille, il se met à faire des recherches, à relire le Coran, à lire la Bible. « Plus je lisais et comparais, plus je voyais des incohérences dans le Coran, des copier-coller, des erreurs linguistiques et des approximations, par exemple concernant Marie, nommée sœur d’Aaron. Du côté de la Bible, il y avait aussi des choses que j’avais besoin de comprendre, comme la guérison, la prophétie, le Saint-Esprit, tout cela est difficile pour un musulman. Je me suis adressé à Dieu, lui disant que je connaissais les obstacles mais que mon cœur était ouvert et que j’attendais des réponses. J’ai senti qu’il m’a répondu, et au même moment notre pasteur a proposé des formations que j’ai suivies avec soif. » Dans la Bible en version arabe, Dieu se dit Allah. Pour Sélym, c’est le même Dieu. « Je ne sens pas que je sors d’une religion pour entrer dans une autre. C’est une continuité, un cheminement. J’ai appris à être libre dans mes pensées, et pour moi Dieu a toujours été là. Ce qui m’a amené loin, ce sont les Ecritures et la Parole. » Et que se serait-il passé, s’il était resté en Tunisie ? « Je ne sais pas. Je me serais sans doute occupé l’esprit par le travail, mais le chemin m’a conduit ici, en Suisse. » Aujourd’hui, Sélym soutient les musulmans qui se convertissent, entre autres en leur faisant des traductions. Du côté de sa famille en Tunisie, sa mère le considère comme une âme égarée, même si, désormais pratiquante, elle ne refuse pas le dialogue. « Mon père reste très ouvert, mais modérément, sinon je crois qu’il a l’impression de trahir sa religion. » Au moment d’aborder les exactions de Daech, son regard lumineux s’assombrit. « Ça m’attriste, mais j’ai appris à ne pas laisser le mal me gagner. J’ai trop été dans la haine et je réalise avec bonheur que cela donne plus de force d’être dans l’amour. »

// Stéphanie Billeter

*nom connu de la rédaction et modifié pour des raisons de sécurité

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