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Louis Rivier, entre spiritualité et réalité

Gérard Jaton L’aula du palais de Rumine à Lausanne, 800 m2 peints entre 1915 et 1923. Avec l’art et la science, la religion est l’un des piliers de l’humanité qui permet à l’homme de s’élever. L’aula du palais de Rumine à Lausanne, 800 m2 peints entre 1915 et 1923. Avec l’art et la science, la religion est l’un des piliers de l’humanité qui permet à l’homme de s’élever. -

Le peintre vaudois et protestant Louis Rivier a décoré plus d’une trentaine d’édifices religieux dans le canton de Vaud. Dans ses peintures murales et ses vitraux, le sacré fait partie du quotidien. L’historienne de l’art Véronique Mauron parle d’un artiste en quête de spiritualité

«Le sacré ne se distingue pas du profane dans l’œuvre de Louis Rivier. Il opère un aller-retour entre ces deux mondes. La réalité est empreinte de transcendance. » Pour Véronique Mauron, historienne de l’art, l’œuvre de l’artiste traduit sa perpétuelle quête de spiritualité. Une centaine de vitraux et plus de vingt peintures murales dans les temples vaudois en témoignent. Il est à l’époque « le peintre officiel de l’Eglise libre ». Autant de commandes qui permettent à Louis Rivier de vivre et surtout de s’adonner à ses sujets favoris que sont sa famille et la nature, pour un usage privé. On retrouve pourtant dans les temples les visages de sa femme, de ses enfants, de ses connaissances. Des œuvres colorées, fortement influencées par la Renaissance et qui font de Rivier un artiste à contre-courant de son époque. A l’abstraction de l’art contemporain de la première moitié du XXe siècle, il préfère la narration et la figuration. Son style tranche avec l’art protestant. « Ses œuvres sont bien reçues. Innovantes, elles s’inscrivent pourtant dans une tradition classique qui ne peut être contestée. » Sa modernité réside dans le caractère photographique des œuvres. « Louis Rivier travaille sur la lumière. Dans ses œuvres, la lumière est diaphane. Elle est révélatrice. La réalité est transfigurée. La lumière instille du spirituel chez les sujets. L’événement devient avènement et se transcende. » La décoration des vitraux s’impose donc comme une évidence. Il signe d’ailleurs trente-trois vitraux de la cathédrale de Lausanne. En 1936, il met au point le procédé spécial. Un dessin au crayon de couleur qu’il travaille au chiffon imbibé de dissolvant et à la gomme. « Le dessin se polit, s’émaille presque. » Sur chacune des œuvres, une même lumière envahit l’espace. Les ombres naissent des éléments hors champ. L’artiste est habité, note Véronique Mauron, qui décrit le travail de l’artiste dans les édifices religieux comme une prouesse physique. Des mois durant, il vit dans ces temples de pierre pour achever des peintures immenses à la seule force du crayon. Là aussi, la spiritualité se noue à la vie quotidienne. L’artiste entretient une correspondance avec sa famille « dans laquelle il rappelle même les rendez-vous chez le médecin de ses enfants ». Louis Rivier naît en 1885. Il passe près d’un demi-siècle à parcourir les temples vaudois. A sa mort en 1963, il laisse sur les murs de l’église de Bottens un triptyque inachevé, « Le mystère de l’incarnation », et emporte avec lui les secrets de son œuvre, qu’il n’a jamais commentée. 

// Marie Destraz

  • Découvrez la liste des temples décorés par Louis Rivier sur www.rivier.ch. Une trentaine de lieux à visiter dans tout le canton.
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