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Docteur Jésus et Mister Méditation

Thinkstock L’avenir de la médecine intégrera la spiritualité. L’avenir de la médecine intégrera la spiritualité. -

Un théologien féru de médecine et un psychiatre adepte de spiritualité se rejoignent pour discuter du Jésus guérisseur. Rencontre avec l’un d’eux

Depuis plus de trente ans, Jacques Besson, chef de service du Service de psychiatrie communautaire du CHUV, s’intéresse aux relations entre psychiatrie et religion. C’est dans cette optique qu’il a accepté de former un binôme avec Daniel Marguerat, théologien, pour une conférence-dialogue autour de Jésus thérapeute. Comment comprendre aujourd’hui le processus de guérison qu’il déclenchait ? Voici quelques éléments de réponse du point de vue médical.

La médecine et la spiritualité sont-elles faites pour vivre ensemble ?
Jacques Besson : Bien sûr. Rappelons qu’elles ont une origine commune. A l’aube de l’humanité, les chamans étaient à la fois prêtres et médecins. Avec Hippocrate, les Lumières, la psychanalyse, l’histoire les a séparées mais on comprend aujourd’hui qu’il y a des domaines frontières, comme la méditation, l’effet placebo.

Vous parlez de la meilleure compréhension du cerveau par les sciences…
Grâce aux neurosciences, nous avons des études qui montrent quels impacts ont la méditation ou la prière sur le cerveau. Pour avoir une bonne santé mentale, il faut avoir de la cohérence, ce qui se mesure à sa manière d’appréhender le monde, de savoir gérer sa vie. Il est aujourd’hui scientifiquement prouvé que les circuits spirituels du cerveau ont un interface entre les régions corticales, le siège du savoir, et sous-cortical, l’affectif. Une séance de méditation va aider les gens à être plus souples émotionnellement.

L’utilisez-vous dans votre service ?
Oui, dans le cadre des addictions, nous avons des séances de « mind fullness », méditation en pleine conscience, qui gère l’envie de consommer des substances, de diminuer l’anxiété, en se concentrant sur sa respiration. Le cerveau tout entier est mobilisé. C’est un organe infiniment complexe, dont la mission est d’interpréter le monde, principalement pour faire ses choix de vie. La spiritualité contribue à donner du sens, à créer du lien et de la salutogénèse. Ce concept, révélé par le sociologue Antonovsky, recherche les solutions à venir pour réhabiliter la santé du patient, avec sa collaboration. Elle est importante dans les addictions, les soins palliatifs, les maladies chroniques. C’est à ce niveau que Daniel Marguerat amène dans la conférence des éléments où Jésus se comporte comme un thérapeute et je le titille en lui demandant si, dans le fond, Jésus ne soignait pas que les maladies psychosomatiques…

Peut-on alors aller jusqu’à l’assimiler à un effet placebo ?
Oui et non. Le Christ se présente devant la personne en lui demandant qui il est, l’obligeant à se définir, et si elle veut guérir. C’est une question qui va au-delà de l’effet placebo, à savoir comment je me situe dans ma vie, quels sont mes choix fondamentaux, mes buts existentiels. Il ne faut pas sous-estimer l’effet placebo. Il est puissant. Il peut aider à guérir des maladies organiques.

De fait, dans sa manière d’aborder un malade, Jésus se présente comme un médecin…
En effet. Daniel Marguerat me demande d’ailleurs si la prière est efficace pour guérir. Là aussi, la réponse est oui et non. Il ne s’agit pas d’avoir des attentes magiques, mais si la prière permet de créer du lien, du sens, une volonté salutogénétique, cela va contribuer au rétablissement. Que penser des miracles ? Il faut être modeste. Il y a des miracles ordinaires. Quand quelqu’un change de point de vue, décide par exemple de se réveiller lorsque son rêve devient pesant, c’est un miracle. Toutes les spiritualités proposent un éveil. Il y a beaucoup de micromiracles quand on s’ouvre à la spiritualité. Personnellement, je n’ai jamais vu de miracles extraordinaires. J’ai lu qu’il existait des guérisons spontanées, mais en trente ans de pratique, je n’en ai jamais vu. Le Christ était un personnage singulier qui avait sans doute accès à ces miracles extraordinaires.

Comment voyez-vous l’évolution de la médecine ?
Pour moi, l’avenir de la médecine est composée de trois étages, le somatique, le psycho-social et le spirituel, celui où on aide les gens à créer du sens. La médecine du XXIIe siècle prendra en compte ces questions. Je demande souvent à mes étudiants : qu’est-ce que l’esprit ? Le cerveau est connecté avec tout le corps, au carrefour de tous les organes. C’est la rencontre dans la relation qui va créer l’esprit. L’homme est une totalité, il ne peut pas vivre seul. Et le lien entre la matière et l’esprit, c’est la parole. 

// Stéphanie Billeter

  • Une conférence « Jésus thérapeute », regards croisés entre Daniel Marguerat et Jacques Besson, mercredi 5 octobre à 20 h 15, à la salle communale de Bussigny, rue de Lausanne 1.
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