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L’humain, fruit du hasard ou d’un projet dans l’Univers?

NASA Les beautés de l’Univers à travers le télescope Hubble. Les beautés de l’Univers à travers le télescope Hubble. -

L’association Cèdres Réflexion propose une série de joutes oratoires, avec décision votée par le public. La parole à des chercheurs de l’EPFL

Les conditions initiales requises pour que la vie, telle que nous la connaissons, puisse exister dépendent de la valeur numérique extrêmement précise de quelques constantes physiques fondamentales… Notre Univers est bien plus qu’un chef-d’œuvre d’horlogerie de précision… Le domaine où les paramètres et les constantes permettent à la vie d’exister est incroyablement étroit. La précision des lois de la nature peut être due soit à la nécessité physique, soit à la chance, soit à un dessein. Force est de constater que les lois de la nature, ou la nécessité, ne déterminent ni la valeur des paramètres ni celle des constantes. Si en revanche la valeur des paramètres et des constantes était due à la chance, la probabilité pour que la vie ne puisse pas exister serait absolument énorme. Par conséquent, le pouvoir explicatif de la chance est statistiquement quasi nul. Ainsi la seule explication réaliste est que ces paramètres et constantes aient été délibérément choisis avec soin par un agent intelligent et transcendant.

Pourquoi l’ordre plutôt que le chaos ?

Mais, au fond, pourquoi l’Univers est-il régi par des lois ? Pourquoi ne vivons-nous pas dans le chaos le plus complet ? Ces lois, pourquoi pouvons-nous les comprendre ? C’est l’objet de notre prochain argument, l’argument rationnel. Nous sommes tellement habitués à vivre dans un monde régi par des lois physiques que cela nous paraît tout à fait naturel. Vraiment ? Ces lois qui sont apparues lors du big-bang, d’où viennent-elles ? Certainement pas du néant ! L’information véhiculée par ces lois a bien dû être transmise à notre Univers par un être transcendant doté d’une intelligence suprême. Le fait que les lois de la nature soient compréhensibles et simples signifie simplement que son Créateur nous adresse un message et nous invite à le découvrir. Le fait qu’elles soient belles nous révèle un aspect de son essence : la beauté. Le fait que ces lois soient simples et que les lois les plus générales se déduisent des lois les plus élémentaires nous dévoile ses intentions. Il se soucie de nous et désire nous enseigner les merveilles de sa création. Ce Créateur-là ressemble étrangement au Dieu de la Bible qui en plus d’être transcendant se soucie également de nous. C’est la conclusion à laquelle sont arrivés Kepler et Newton, les deux grands savants qui ont permis à la science moderne de naître. Kepler le résume en disant : « Nous voyons comment Dieu, à la manière d’un architecte humain, a fondé le monde qu’Il a ordonné et agencé par des lois. » Newton poursuit en déclarant : « Cet élégant système que constituent le Soleil, les planètes et les comètes ne peut être autre que le résultat du dessein d’un Etre intelligent… Cet Etre gouverne toutes choses, non comme l’âme du monde, mais comme le Seigneur de toutes choses… Le Dieu suprême est un Etre éternel, infini et absolument parfait. » Il y a de cela 2000 ans, l’apôtre Paul affirmait déjà la même chose : « Car, depuis la création du monde, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité se voient dans ses œuvres quand on y réfléchit. » 

// Sylvain Bréchet, chargé de cours au Laboratoire de physique des matériaux nanostructurés, EPFL, Lausanne

  • L’humain en procès Joutes oratoires, avec décision votée par le public. Lundi 15 juin, 18 h 30, « L’humain est-il machine ou esprit ? », avec François Fleuret et Wulfram Gerstner. Lundi 7 septembre, 18 h 30, « L’humain, fruit du hasard ou d’un projet dans l’Univers », Espace culturel des Terreaux. Lausanne. Avec Georges Meylan et Sylvain Bréchet. www.cedresreflexion.ch 

Bonus Web

  • Bonus Web:

    Le sens de l’Univers nous échappe

    Par Georges Meylan, professeur d'astrophysique et directeur du Laboratoire d'astrophysique, EPFL, Lausanne

    Voilà des millénaires que nous, humains, tentons de découvrir un sens à notre Univers, à notre naissance suivie de notre mort, à ces passages fascinants du néant à l’être, puis de l’être au néant.
    De la préhistoire à nos jours, les mythes cosmologiques les plus simplistes ont lentement fait place aux explications rationnelles avec, parfois, un mélange de science et de préjugés inutiles. Par exemple, Platon (- 428 à - 347) se fourvoie en associant les cinq polyèdres réguliers aux cinq éléments qu’il juge fondamentaux. Deux mille ans plus tard, une errance similaire pousse Kepler (1571 à 1630) à associer les mêmes polyèdres aux cinq intervalles séparant les six planètes, les seules visibles alors à l’œil nu. Une telle confusion semble d’autant plus incongrue que Kepler, découvreur des trois lois du mouvement des planètes autour du Soleil, demeure un génie incontesté.

    Un Univers de plus en plus ordré

    Les premières véritables avancées de l’astronomie datent de la Grèce antique et forcent l’admiration. Eratosthène (- 276 à - 196) mesure la circonférence terrestre, supposée justement sphérique, avec une précision admirable qui n’est améliorée qu’environ deux mille ans plus tard. Hipparque (- 190 à - 120) découvre la précession des équinoxes, c’est-à-dire la lente influence du mouvement de toupie de la Terre sur les positions des étoiles, avec une période de 26 000 ans. Encore plus stupéfiant par les connaissances théoriques et technologiques requises pour sa construction, le Mécanisme d’Anticythère est une sorte d’ordinateur mécanique datant de - 150 environ. Ses subtilités, comprises que très récemment, lui permettent de calculer la position du Soleil, de la Lune et des planètes, et de prédire les éclipses de Soleil et de Lune, entre autres fonctions. La civilisation grecque recule les limites du hasard et dévoile un ordre dans l’Univers.

    Les travaux de Galilée (1564-1642), Newton (1643-1727) et Einstein (1879-1955) constituent autant de nouvelles victoires face à l’obscurantisme. La venue d’une comète n’effraie plus personne puisque ces objets obéissent aux lois de la gravitation newtonienne. Les éclipses totales de Soleil, prédites à la seconde près, ne sèment plus l’épouvante mais au contraire attirent les touristes le long de leur passage. Des milliards d’étoiles forment une galaxie et des milliards de galaxies constituent la portion visible de l’Univers. Conséquence directe de la Relativité générale, toutes les galaxies s’éloignent les unes des autres, dans un mouvement général d’expansion accélérée. Notre Univers semble contenir 5% de matière usuelle, dont nous sommes constitués, 27% de matière sombre et 68% d’énergie sombre. Les natures de ces deux constituants sombres demeurent deux grandes inconnues de la cosmologie moderne, dont les réponses viendront peut-être de la physique des particules et de la physique quantique.

    Une petite place pour le hasard

    Les humains savent que comprendre notre Univers, à très grande ou très petite échelle, revient à découvrir les lois mathématiques de sciences telles que la physique, la chimie et la biologie. La nature obéit à ces lois, dans notre voisinage comme aux confins de l’Univers observable. Ainsi la collision entre deux galaxies s’explique par les lois de la gravitation newtonienne. La fusion de deux étoiles, générant une énorme explosion appelée supernova, obéit aux lois de la gravitation de la Relativité générale et implique également celles de la physique nucléaire.

    Il ne semble pas y avoir de place pour le hasard, si ce n’est dans l’implication, lors d’une collision, de ces deux étoiles-ci plutôt que ces deux-là. Un éboulement de rochers emportant des alpinistes suit également les lois de la gravitation, le hasard apparent n’intervenant que dans la probabilité de faire ou non partie de la cordée malheureuse.

    Eviter les mauvaises réponses

    La science explique depuis des siècles une quantité grandissante de phénomènes astronomiques considérés par le passé comme mystérieux. La formation et l’évolution d’une étoile sont régies par des lois physiques plus simples et moins nombreuses que celle impliquées dans la naissance d’un enfant. Le sens profond de l’Univers, de son contenu, de notre existence nous échappe. Certains trouvent des réponses dans la religion, d’autres se contentent de laisser, pour le moment, ces questions fondamentales sans réponses. Tout au long de l’histoire, ce ne sont pas les questions non résolues mais les mauvaises réponses qui ont freiné l’évolution de la science.

    // G. M.

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