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« La nature est mon église »

Valdemar Verissimo Bastian Keckeis : « Je constate que les gens sont en quête d’authenticité, et de lien avec le sacré. » Bastian Keckeis : « Je constate que les gens sont en quête d’authenticité, et de lien avec le sacré. » -

Bastian Keckeis est accompagnateur en montagne. Il nous parle de la randonnée comme d’une démarche spirituelle

Marcher, c’est votre métier. En quoi cette activité favorise-t-elle la spiritualité ?
Bastian Keckeis : La nature est imprégnée de sacré. Pour le percevoir dans les fleurs, les arbres et les animaux, il faut prendre le temps de marcher. C’est en la touchant, en l’humant qu’on ressent la nature et qu’on vit ainsi pleinement cette expérience spirituelle. Marcher, c’est renouer avec le rythme immuable de la nature que l’humain a perdu au profit de sa vie trépidante.

Votre spiritualité est donc végétale ?
La nature est mon église. Ma spiritualité est liée à la nature, mais aussi au patrimoine culturel bâti. Les chemins sont jalonnés de monuments sacrés de toutes les époques, même antérieurs au christianisme. J’aime entrer dans les chapelles et abbayes. Le sacré est là aussi. Marcher pousse à méditer au rythme de nos pas. Ceci fait d’ailleurs partie des exercices que je propose aux randonneurs.

Vous êtes parti, il y a près de vingt ans, sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle pendant trois mois. Pourquoi vous lancer dans un pèlerinage ?
A l’époque, j’étais collaborateur marketing chez un fabricant de planches à voile. Je n’étais pas satisfait et désirais voyager. Frileux à l’idée de partir seul en avion à l’autre bout du monde, j’ai décidé d’y aller pas à pas. Avec une formation d’architecte paysagiste et de géobiologiste, j’étais attiré par le patrimoine bâti et par les énergies qui se dégagent des anciens lieux de culte, à l’image des cathédrales. Le chemin de Saint-Jacques était presque une évidence.

Trois mois de marche qui marquent un tournant dans votre vie.
J’ai compris quelles étaient les valeurs essentielles. Me nourrir et me loger pour la nuit étaient mes seuls besoins. Au fil des pas et des rencontres, j’ai développé une confiance en moi. En étant bien avec soi-même, la vie est plus belle où que je me trouve. Ma foi est devenue universelle si je puis dire. J’ai la certitude que Dieu est partout, présent en toute chose. Il faut simplement prendre le temps de le voir.

Comment marchez-vous ?
Lorsque je suis seul, je marche lentement. Je sens les parfums qui arrivent à mes narines, j’observe et identifie les plantes qui sont autour de moi. Je m’arrête pour écouter les oiseaux ou regarder un paysage. L’aube et le crépuscule sont des moments forts. La nature y est plus active et le lever du soleil est une renaissance. Sur le chemin de Saint-Jacques, l’homme épuisé que je pouvais être le soir devenait un homme neuf aux aurores, prêt à repartir. Mais accompagner des groupes, c’est porter toute son attention sur l’autre pour lui faire plaisir et ainsi faire son propre bonheur. J’ai à cœur de donner aux personnes que j’accompagne la possibilité de vivre et de partager une expérience qui passe par moi en proposant des randonnées différentes. J’organise autant des pèlerinages sur les chemins de Saint-Jacques et la Via Francigena que des balades ponctuées de haltes pour peindre, dessiner ou méditer.

Dans votre sac, vous avez toujours vos aquarelles et votre carnet de croquis.
Je dessine depuis l’enfance. Aujourd’hui, avec les randonneurs, c’est un bon alibi pour s’arrêter et prendre le temps d’observer la nature et le monde qui nous entoure. C’est aussi un moyen d’entrer en contact avec d’autres personnes que nous croisons. Pour certains, qu’il s’agisse de marcher ou de dessiner, la dynamique de groupe, être en lien avec l’autre dans ces expériences est une motivation nécessaire.

Ressentez-vous un besoin de connexion à la nature chez vos randonneurs ?
Oui. Les gens ont un grand besoin de vivre des expériences plutôt que de se contenter de transiter par des lieux. Les gens sont en quête d’authenticité, et de lien avec le sacré. Déconnectés de la nature, on sent chez eux un besoin de se recentrer. La nature et la marche sont de bons moyens. Il n’est pas toujours nécessaire de partir à l’autre bout du monde pour se faire du bien. Ouvrez votre porte et allez marcher. Ce qui est important, c’est de reprendre le temps de vivre. 

// Marie Destraz

  • Un site pour découvrir des randonnées spirituelles et bien d’autres organisées par Bastian Keckeis, www.latracebleue.ch 
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