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Là où le sacré s’illumine

Office du tourisme de Romont et sa région Les vitraux de Jean Bazaine à Berlens, Claude Sandoz à Torny-le-Petit et Brian Clarke à Romont. Les vitraux de Jean Bazaine à Berlens, Claude Sandoz à Torny-le-Petit et Brian Clarke à Romont. -

L’émotion dégagée par les vitraux des églises de Romont en font sa renommée. Valérie Sauterel et Astrid Kaiser, historiennes de l’art au Vitrocentre de Romont, reviennent sur cet engouement artistique pour le verre coloré

Au détour d’un chemin dans la campagne de Romont, si vous croisez une église, poussez ses portes et laissez-vous surprendre par la lumière de ses vitraux. Etonnement, contemplation, de ces vitraux naît l’émotion, jamais l’indifférence. La région en est remplie. A Romont, l’art sacré a su se renouveler. A partir des années 1840, de grandes campagnes de restauration des sanctuaires du Moyen Age sont lancées en Europe. On redécouvre le vitrail, dont le style historiciste néogothique va prédominer dans le dernier quart du XIXe siècle, avec des figures de saints solennels. A la fin du siècle, c’est un jeune artiste polonais de 25 ans qui donne une nouvelle couleur. « En 1895, Józef Mehoffer gagne le concours lancé par la Confrérie du Saint-Sacrement. Il crée alors les vitraux de la cathédrale Saint-Nicolas à Fribourg, dans un style Art nouveau. Le style est narratif, les saints dégagent beaucoup d’émotion. Le corps s’exprime. Le rapport avec le spectateur est autre. L’artiste s’inscrit alors en rupture avec ce qui se fait à l’époque », commente Valérie Sauterel, historienne de l’art. Le jeune artiste mettra quarante et un ans à produire l’intégralité de son œuvre, réalisée avec le jeune atelier verrier fribourgeois Kirsch et Fleckner. Si les vitraux font polémique au sein de l’Eglise catholique, leur importance sera internationale et ils bouleversent les artistes, à l’image du peintre suisse Alexandre Cingria, qui crée en 1919 le groupe de Saint-Luc, à Genève.

Le renouveau de l’art sacré

Avec ses comparses, et l’architecte romontois Fernand Dumas, il y a l’envie commune de renouveler l’art sacré historiciste en Suisse romande. Le groupe d’artistes se lance alors dans une bataille pour faire accepter leur modernité, revivifier l’art sacré, dans lequel l’émotion a sa place, explique Valérie Sauterel. Peu à peu, les paroisses et l’Eglise catholique se laissent atteindre et font entrer cette nouvelle lumière dans leurs lieux de culte. Le souffle nouveau du groupe de Cingria inspire. Le peintre et verrier Yoki prend d’ailleurs le relais dans les années 1950 et est co-fondateur, en 1981, du Musée suisse du vitrail à Romont, sa ville natale. Les artistes d’ici et du monde entier se suivent donc dans la région, mais leur art ne se ressemble pas. « La démarche naît souvent de la frustration du peintre en quête de lumière, qui se met à travailler le verre », détaille Astrid Kaiser. Avec les années, le style tend à l’abstraction des sujets. C’est d’ailleurs le cas dans toute l’Europe de l’Après-guerre. Pour les deux historiennes de l’art, il correspond au cheminement spirituel des artistes : « La représentation abstraite du sacré laisse au spectateur toutes les portes de l’interprétation et de l’introspection ouvertes. » Aujourd’hui, le boum du vitrail est passé et le verre coloré se décline en dehors des édifices religieux. Clin d’œil à sa terre d’accueil, « Nespresso n’a pas manqué de commander une verrière visible à l’accueil de son nouveau site de production romontois. » 

// Marie Destraz

  • Une balade Le Sentier du vitrail est balisé entre Romont, Berlens, Grangettes et Mézières, comptez 6 h avec la visite des églises. L’itinéraire à pied ou à vélo est téléchargeable sur www.romontregion.ch 
  • Un musée Le Vitromusée de Romont retrace l’histoire artistique du verre. Informations : www.vitromusee.ch 
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