Le site du mensuel de l'Eglise réformée vaudoise

La ruée vers l’or blanc

Le sentier du sel passe par le charmant village de Panex face aux Dents du Midi Le sentier du sel passe par le charmant village de Panex face aux Dents du Midi -

Le sentier du sel fait revivre la quête héroïque des mineurs du Chablais. Balade guidée le long du saumoduc de la première mine de Suisse

«Il y a de l’or blanc sous nos pieds ! Dans la montagne ! » La femme du berger arrive en courant dans son costume bleu d’époque. Haletante, elle raconte comment Jean Bracaillon vient de découvrir la première source de sel dans la forêt féérique dominant Ollon. La légende nous transporte instantanément en 1554. Devant nous, l’éboulement de terre, de bois et de feuilles laisse deviner l’emplacement de l’entrée de la toute première mine de sel en Suisse. Il faut imaginer une étroite galerie de la taille d’un homme, creusée au burin et à la massette à raison de 5 cm de progression par jour. La vaste terrasse dans la pente abrupte permet d’estimer la masse de rochers extraits de la montagne à la sueur du front.
Il faut dire que le sel était précieux – que dire ! – capital. « On disait : sans sel, pas de Suisse », explique notre guide-actrice, Sandrina Cirafici, qui a conçu le sentier du sel entre Aigle et Bex. L’économie du pays était basée sur le bétail, les salaisons et le fromage, nécessitant tous trois beaucoup de sel. Avant la découverte d’or blanc dans le Chablais, il fallait s’approvisionner en France. « La Suisse doit même sa neutralité au sel, souligne l’historienne. Le premier traité en ce sens a été signé en 1470 en échange que nos voisins continuent de nous fournir la précieuse poudre. » Mais pourquoi un tel attrait ? Le sel permettait de conserver les aliments, donc d’éviter les famines. Rien de moins.
Notre guide nous entraîne sur le sentier en pente douce où sillonnait un saumoduc, canalisation de bois transportant la saumure, c’est-à-dire l’eau salée extraite de la montagne. Il menait à la saline où le sel était récolté en évaporant l’eau. « Le procédé exigeait une énorme quantité de bois de feu, c’est pourquoi il fallait une rivière à proximité pour le charrier de loin à la ronde. Cela posait d’importants problèmes de déforestation », raconte Sandrina Cirafici.
« Le sel joue aussi un rôle important dans la Bible », poursuit notre guide passionnée, en approchant d’un des vingt-six panneaux didactiques de la balade. « Le sel est symbole de l’alliance avec Dieu. Il est la marque de l’éternité et de la pureté, car il ne pourrit jamais, il a le pouvoir de conserver et de stériliser. » Il est parfois même instrument de la colère divine quand l’eau et la terre deviennent stériles. Pour Jésus, le sel est signe de la sagesse : « Vous êtes le sel de la terre », affirme-t-il.
Ce sel, des générations de mineurs des six salines de la région l’ont recueilli en bravant froid, humidité, isolement et risques d’explosion du grisou. Certaines de leurs galeries en quête des précieuses sources s’appelaient « bonne espérance » ou « bonne attente ». 

// G.D.

  • Itinéraire Départ : halte de Plambuit, accès en train depuis Aigle. Arrivée : halte du Bévieux, puis retour en train vers Bex et Aigle
  • Durée 12 km ou 5 heures. Possibilité de diviser la balade en deux. Niveau facile. Restauration et maison d’hôtes sur le parcours
  • Un site www.sentierdusel.ch 
  • Groupes balade avec guides en costume d’époque
  • Exposition « Le sel de l’alchimie » à la Maison de Salin, sur demande, 024 499 18 56

Média (vidéo/son)

Veuillez vous connecter pour commenter
  • Aucun commentaire trouvé

Laissez un commentaire

Connectez-vous pour commenter
Retour en haut