Le site du mensuel de l'Eglise réformée vaudoise

Si «bonne nouvelle» m’était conté

Si «bonne nouvelle» m’était conté -

Trois rédacteurs et une dessinatrice habitués de « bonne nouvelle » réagissent à la dernière publication du mensuel de l’Eglise réformée vaudoise

Ils ont prêté leur plume et leurs crayons, quinze ans durant, à votre mensuel « bonne nouvelle ». Aujourd’hui, la rédaction leur a demandé de se livrer une toute dernière fois sur le papier. Entre leur expérience à « bonne nouvelle » et la naissance d’un journal romand, ils ont fait leur choix et nous livrent librement, pour cette ultime collaboration, leur réflexion et leur ressenti.

Une belle aventure éditoriale

«bonne nouvelle » n’est plus et je me souviens de l’aventure éditoriale de ce journal. Elle n’était pas banale. Voilà soudain un nouveau venu dans le monde de la presse vaudoise. Ce n’était pas une maigre feuille de paroisse mais un solide journal tirant à quelques 350 000 exemplaires. Il était gratuit et distribué en tous-ménages. Mais au lieu d’être un piège à pub, il avait pour objectif de parler du Bon Dieu et de la religion dans une optique protestante, tout en refusant le prosélytisme et en jouant la carte multitudiniste. Le projet était ambitieux et original. Comme tout nouveau journal. Il a soulevé des mécontentements. Les anciens regrettaient le journal protestant du temps passé. Les modernes trouvaient la nouvelle formule sans audace. Les indifférents ne voyaient aucun changement. Le comité suivait la ligne éditoriale voulue par le Synode et habilement mise en musique par le rédacteur en chef Vincent Volet, journaliste venu de la grande presse populaire romande, qui savait ce que faire un journal tous-ménages voulait dire : traiter l’info en intégrant un peu de people parmi les théologiens. L’évolution de « bonne nouvelle » est intéressante. Soucieux d’éviter un gigantesque gaspillage, on décide de passer à la distribution individuelle, ce qui fait tomber le tirage à 170 000 exemplaires. C’était reculer par rapport aux ambitions d’origine. Mais c’était reculer pour mieux sauter, puisque « bonne nouvelle » par sa fusion avec d’autres publications protestantes romandes redevient un journal à large audience intégrant de manière tout à fait originale quatre niveaux de l’Eglise réformée : la Suisse romande, les cantons, les régions et les paroisses. Bonne chance donc à « Réformés » ! Que les anciens, les modernes et la masse de lecteurs fassent bon accueil à cette nouvelle publication. // Claude Quartier, ancien président de la Fondation « bonne nouvelle »

Eglise novatrice à l’horizon

Installez-vous au poste d’observation de la rédaction d’un journal religieux, vous verrez une Eglise toute différente se dessiner. J’ai eu la chance de travailler à « bonne nouvelle » pendant dix ans jusqu’en 2013. Les antennes du journaliste captent les sujets originaux aux quatre coins du canton. Un monde de créativité s’ouvre. De tout l’arc lémanique jusqu’à Payerne, en passant par la Vallée ou Château-d’Œx, des croyants – ministres et bénévoles – fabriquent en permanence de véritables perles. Ils explorent tous les recoins de la foi chrétienne, créent l’événement, osent l’originalité, visent des publics spécifiques, se soucient d’autrui, changent un peu la vie. En les rencontrant, j’ai découvert la profondeur de leurs convictions, l’application réelle de valeurs nourries par le protestantisme. Sous cet angle, le canton devient une grande paroisse. A la diversité telle qu’on oserait croire que chacun peut, en cherchant, y trouver sa place. Observez en plus que cette grande paroisse porte le regard au-delà de ses frontières, dialogue avec les autres Eglises de Suisse, se soucie de ses frères persécutés au Moyen-Orient ou lorgne les idées novatrices développées dans de grandes villes comme Londres. Quelle respiration ! Un bémol pourtant à l’horizon. Notre grande paroisse réformée ne reflète que partiellement la diversité de notre société. Elle n’a ni la pluralité d’âges de nos frères évangéliques, ni la pluralité culturelle de nos frères catholiques. Nos offres sont pléthoriques, mais notre créativité tombe souvent dans ses ornières. Il nous est plus aisé de créer des activités pour des publics de formation supérieure que d’imaginer celles pour des publics populaires. Nous multiplions nos offres plus facilement que nous n’améliorons l’exigence de notre sens de l’hospitalité. Voilà de nouveaux reportages que je rêve de lire dans le futur journal « Réformés ».  // Gabriel Dutoit, chef de projet à l’office info-com

Le sourire de Céleste

La colère, tiens, c’est pour toi ! Combien de temps la partie de plaisir a-t-elle duré ? Une bonne douzaine d’années, si ma mémoire est bonne. Oui, on m’a accueillie dans ces colonnes pendant douze ans. Et maintenant qu’il s’agit de se quitter sur un sourire, c’est votre vieille Céleste qui vous le dit : Dieu que j’ai eu du mal ! Attendez, ne vous méprenez pas, ce fut un bonheur d’écrire pour « bonne nouvelle ». Il n’empêche, mois après mois, j’ai eu un mal fou à trouver des motifs de colère. C’est que les gens de « bonne nouvelle », qui ont l’esprit facétieux, m’avaient confié un billet intitulé « La colère de Céleste ». M’obliger à piocher dans les petits ou grands sujets qui fâchent, moi qui ai le plus doux des caractères ! Bref, moi qu’un rien enchante et que si peu de choses hérissent, on m’avait collé le registre de la colère. Résultat, j’ai dû forcer ma nature. Et faire les gros yeux dans mes chroniques, voire me dresser comme les Alpes devant les bêtises ou les duperies de notre époque. Or, à chaque fois, je me surprenais moi-même : se mettre en boule à propos de ceci, gronder un bon coup à propos de cela, voilà qui ne fait jamais de mal. On a beau s’en faire un monde, la colère a du bon. On ne le dit pas assez aux gens qui ne sortent pas de leur réserve : tant qu’elle est réglée par la raison, la colère est loin d’être mauvaise. Elle peut se révéler amusante, fertile, saine ou que sais-je. Elle l’a été, dans mon cas, au point que j’y ai souvent pris goût. Et le ciel me pardonnera sans peine, je suppose, d’avoir joué avec ce sentiment. Après tout, si elle a un charme, c’est bien celui-là : la colère passe, comme les saisons et les trains. Ce qui reste, en revanche, ce sont les souvenirs. Ceux que votre vieille Céleste garde de ces douze ans sont si bons, chers lecteurs, qu’elle pense à vous et se permet de vous embrasser. // Céleste

Ode à l’impertinence des médias réformés

Si les médias réformés se mettaient à ne publier que des bondieuseries, ne renieraient-ils pas leur identité ? Le débat et la critique font partie de l’identité de cette confession. Et c’est assez naturellement que les journalistes, critiques parfois, agaçants de temps à autre, mais dans tous les cas détachés des missions de l’Eglise à proprement parler, ont peu à peu pullulé dans les médias financés par les Eglises. Personnellement, j’admire l’ouverture d’esprit de ces Eglises qui financent une information indépendante. Certes, depuis que je travaille pour Protestinfo, on m’a déjà reproché mon manque d’engagement ecclésial et les textes des médias réformés « pas assez engagés alors que les catholiques ne se gênent pas ». Toutefois, cela reste rare. Mais aujourd’hui, je suis inquiet. J’ai l’impression que le vent tourne. Au nom d’une situation financière plus difficile qu’avant, les autorités ecclésiales font des choix : « Nous n’avons plus les moyens de nous offrir un journal de culture protestante ! Notre journal doit participer à la Mission de l’Eglise de proclamer l’Evangile », a déclaré un délégué lors d’un débat à la Conférence des Eglises réformées romande concernant le projet de journal commun. Mais franchement, qu’attendez-vous vraiment d’un journal d’Eglise ? Personnellement, j’y vois plusieurs fonctions : informer de la vie de l’institution, donner les clés pour permettre aux lecteurs de forger leur opinion dans les débats internes, et, pourquoi pas, nourrir la méditation des lecteurs. Mais pour parvenir à cela, le journal doit se garder la liberté de parfois bousculer ses lecteurs. On n’avance pas en ne lisant que des textes avec lesquels on est d’accord. Alors je souhaite bon vent à « Réformés » et prie mes confrères et consœurs qui y travaillent de rester toujours impertinents ! // Joël Burri, Protestinfo

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