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Opinions

La force de l’oasis

L’émoticône qui pleure de rire a été le plus utilisé de l’année 2015. Ce petit visage à l’expression éloquente a même été désigné « mot » de l’année par les dictionnaires Oxford. Sur mon visage se lisent alors la surprise et le doute. Je relis l’article. Oui, il s’agit bien de 2015. L’année des attentats de « Charlie Hebdo » et de novembre à Paris. L’année où tant d’embarcations de fortune et leurs occupants en surnombre ont tenté de traverser la Méditerranée. Celle des couloirs de réfugiés rejoignant l’Europe à pied. Celle de la barbarie de Daech ou Boko Haram, de l’épidémie Ebola, de la faillite de la Grèce. Pas de quoi mourir de rire. De cette année 2015 je me souviens des larmes, moins des rires. Alors je prends mon téléphone portable et consulte la liste des émoticônes que j’ai le plus fréquemment utilisés pour illustrer mon état d’esprit dans un message électronique. Quelle ne fut pas ma surprise de voir en tête de liste un petit visage qui pleure de rire ! Aujourd’hui, nos émotions aussi basiques que la joie et la tristesse s’expriment par des « mots » sur des écrans. En public, nos larmes, elles, se ravalent. Elles deviennent si rares que le désespoir qui coule sur les joues de Barack Obama fait le tour du monde et les fous rires télévisés remplissent les bêtisiers de fin d’année. Les larmes sont traquées, presque enviées dans un Occident devenu impassible où les pleurs inquiètent, déstabilisent et marquent la faiblesse. Le débit lacrymal est contrôlé. Pourtant nous avons tous un jour pleuré. Dans la joie et la peine, nous avons expérimenté un lâcher-prise libérateur de nos sentiments. Dans la Bible, le psalmiste n’hésite pas à exprimer haut et fort sa joie comme sa souffrance. Dans le psaume 84, les exilés traversent la vallée des pleurs qu’ils transforment en oasis. Je crois que nous ne sortirons pas de cette vallée en 2016. Nous devrons y trouver des oasis à cultiver, pour ne pas échapper au rire.

// Marie Destraz, Rédactrice en chef

 

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