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La parole aux aumôniers Version imprimable Suggérer par mail
23-11-2011
Dans le film «Vol spécial», les aumôniers sont un peu oubliés. Pourtant, il jouent un rôle essentiel auprès des requérants d'asile

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Anne-Madeleine Reinmann, aumônier: «Un accompagnement qui les aide à tenir le coup».

Photo : Gabrielle Desarzens 


Depuis quatre ans, Anne-Madeleine Reinmann se partage entre l'Aumônerie genevoise œcuménique auprès des requérants d'asile et des réfugiés (AGORA), l'accueil œcuménique de l'aéroport de Genève et des visites aux détenus du centre de détention administrative de Frambois. Un travail difficile tant les situations des détenus sont parfois dramatiques.

Dans son documentaire «Vol spécial», le réalisateur Fernand Melgar montre le quotidien du personnel de Frambois et des étrangers en situation irrégulière, mais n'aborde pas celui des aumôniers. «Chaque semaine, nous passons beaucoup de temps à écouter les détenus. Nous avons quelquefois des discussions profondes alors que, d'autre fois, ils ont juste besoin de dire leur ras-le-bol», explique Anne-Madeleine Reinmann.

Ecouter et mettre en contact

Les aumôniers sont, avant tout, à l'écoute des requérants d'asile, que ce soit à Frambois ou à l'aéroport: «Nous répondons à leurs besoins en leur achetant par exemple une carte téléphonique. Nous les mettons souvent en contact avec d'autres organismes, comme l'association ELISA-asile, avec laquelle nous collaborons beaucoup. Elle leur apporte une aide juridique en leur expliquant comment présenter leur situation», précise l'aumônier.

La demande pour un accompagnement spirituel est forte, relève Anne-Madeleine Reinmann: «La plupart ont un grand besoin de vivre leur foi. J'achète des bibles à leur demande. Ce n'est pas toujours facile selon leur langue! J'en cherchais une en tigrigna. J'ai contacté un prêtre arrivé comme requérant il y a trois ans. Il a réussi à en faire venir une directement d'Erythrée, que j'ai pu offrir au requérant. Des détenus comparent leur histoire personnelle avec celle de personnages bibliques.»

L'aumônier s'adapte aux besoins de chacun: «Je prie pour ceux qui le souhaitent et avec ceux qui en font la demande. Ils me disent que c'est précieux. Nous prions ensemble lors de cultes ou en petit comité, ce qui correspond mieux à leur spiritualité. Les musulmans sont ouverts sur le fait que je sois une femme et chrétienne. Cela n'a jamais posé de problème.»

Son travail d'aumônier n'est pas toujours facile à vivre. «C'est gratifiant mais il faut aussi pas mal d'humilité. Cela m'inquiète beaucoup de ne pas savoir ce qui arrive aux personnes expulsées, parfois volées voire emprisonnées dès leur arrivée. Quelquefois, le sentiment d'impuissance est insupportable. Il faut vivre avec le fait de ne rien pouvoir faire d'autre qu'offrir un accompagnement qui les aide à tenir le coup. Ma foi est importante, tout autant que le fait de la partager», conclut Anne-Madeleine Reinmann.

  • A.Bz

Vols spéciaux, la FEPS renonce

La Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) a annoncé début novembre qu'elle ne poursuivrait pas son rôle d'observateur lors de vols de retour forcés des requérants d'asile déboutés. Sa décision d'accepter ce mandat de six mois avait été fortement critiquée par sa base, qui le jugeait incompatible avec l'engagement de l'Eglise au côté des réfugiés et contraire à son éthique. Une quinzaine de vols auront été accompagnés durant cette mission, qui se terminera fin décembre. Un rapport de la FEPS fera le bilan de l'expérience et dira si la dignité des personnes renvoyées est respectée durant les vols de retour forcés. 

  • bn