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«Le téléspectateur est responsable» Version imprimable Suggérer par mail
19-01-2012

Jacques Chancel, animateur du «Grand Echiquier», propose un «Dictionnaire amoureux de la télévision»

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Jacques Chancel.

Photo : Frédéric Souloy 

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Votre livre est une formidable galerie de portraits de ceux qui ont compté à la télévision. Quels sont vos trois préférés?
Jacques Chancel: Si je vous donne trois noms aujourd’hui, je vais vous en donner trois autres demain. Mais je dirai Arthur Rubinstein, Yehudi Menuhin et Georges Brassens. J’ai vécu tant d’aventures avec ces trois musiciens qu’ils viennent en tête.

Qu’est-ce qui est nécessaire pour un homme de télévision?
D’abord la lucidité de reconnaître qu’il ne sait pas tout. A force de questionner, on apprend, aussi sur soi-même. C’est le miracle. Il ne faut pas faire de la télévision pour tenter de devenir célèbre, mais par passion et par goût de l’aventure. Je n’ai jamais voulu installer mon nom pour l’éternité, ce qui compte pour moi est la minute que je vis au présent. Comment évaluez-vous la prestation des religions à la télévision? Je ne rate jamais «Le Jour du Seigneur», le dimanche. J’ai participé à sa mise en place, il y a des décennies. Je suis né catholique mais je pourrais me considérer comme juif ou musulman, car nous avons le même Dieu. Pourtant, je préfère encore le bouddhisme ou le soufisme, qui sont davantage des philosophies. Je respecte les religions mais l’intégrisme, qui est voulu par des ignorants, m’inquiète.

Votre dictionnaire mêle joyeusement animateurs TV et grandes personnalités. De quel côté vous situez-vous?
Je ne fais aucune différence entre les hommes. Je peux discuter avec un paysan des Pyrénées, où je suis installé, ou avec Claude Lévi-Strauss. Il y a un partage des connaissances et des richesses de la vie. Nous ne savons plus regarder les gens, ni les écouter. Ils méritent d’être regardés de plus près. Je retiens ce mot de Laozi: «La façade d’une maison n’appartient pas à celui qui la possède, mais à celui qui la regarde.»

La télévision n’entretient-elle pas un climat permanent de violence?
C’est le cas depuis toujours. Les films et les romans qui ont le mieux marché passaient par la violence. Les Etats-Unis, qui nous donnent volontiers des leçons de moralité, l’utilisent sans retenue. Aujourd’hui, la violence des images est telle qu’elle devient banale. C’est gênant pour les enfants. La meilleure des choses est de leur interdire la télévision. Or les parents font le contraire, ils les laissent devant pour être tranquilles et avoir du temps. Je le dis et le répète, le téléspectateur n’est pas innocent. Il doit se regarder en face.

  • V.Vt

En savoir plus

  • Un livre: Jacques Chancel, «Dictionnaire amoureux de la télévision», 720 pages, Ed. Plon. D’Apostrophe et Thierry Ardisson à Léon Zitrone, un dico rempli de souvenirs
  • Des CD: Jacques Chancel, «Radioscopie», volume 1 Artistes, volume 2 Cinéma, volume 3 Hommes politiques, Ina/Radio France, Harmonia Mundi. Les belles heures de l’émission mythique sur France Inter

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Vous avez déroulé le tapis rouge à Raël. Le regrettez-vous?
Jacques Chancel: Je regarde partout et tente de comprendre. Au début, nous ne savions pas qui était ce Claude Vorilhon. Je me suis amusé de ses propos lors de l’émission et n’ai jamais imaginé qu’il allait fonder ensuite une secte dangereuse. C’est vrai que nous sommes responsables de la naissance de cette secte. Il n’y a toutefois pas que lui, d’autres présentent les mêmes dangers.

Céline, que vous avez interviewé, parlait de la télévision comme d’un moyen de propagande et d’abêtissement…
C’était prémonitoire. Je l’ai rencontré il y a très longtemps, pour une enquête de «Paris Presse». Nous avions parlé de la politique et de la guerre, il avait des idées burlesques. Mais ce qu’il a dit de la télévision s’est produit. C’est d’autant plus étonnant qu’il ne la regardait jamais. Le phénomène l’inquiétait.

Regardez-vous encore la télévision?
Oui. Je suis un zappeur professionnel. Je m’attarde à des émissions comme «Envoyé spécial», «C’est dans l’air», «Ce soir (ou jamais!)» et bien d’autres. Il y a une équipe de jeunes formidables. J’ai vécu les premières années de la télévision en revenant du Japon et d’Indochine. Aujourd’hui, je la regarde la nuit, sans le son. Quand il se passe quelque chose, je le sens tout de suite.

La télé ne va-t-elle pas être balayée par les nouveaux médias?
Elle devra changer. Internet, qui est un fabuleux outil, n’est pas mon affaire. J’y vois une facilité, l’objet qui, avec les blogues, permet le pire: de dire n’importe quoi de n’importe qui, sans aucun respect. C’est un objet dangereux. La télévision va rester encore pour longtemps, mais il y aura d’autres manières de la programmer, de la regarder et de la vivre.

Pourquoi la télévision attire-t-elle tant?
Internet est très regardé par les jeunes. Certains disent que la télévision va être écrasée. Pourtant, elle est encore plus regardée qu’hier. Pour beaucoup, elle est le seul spectacle et le seul divertissement qu’ils se donnent. Pensons à ceux qui sont seuls et aux malades, dont la télévision embellit la vie.

Comment répondez-vous à la question «Et Dieu, dans tout ça?» que tout le monde vous prête?
Je disais n’avoir jamais prononcé cette phrase. Avec la sortie ce mois du troisième CD des «Radioscopie», consacré aux hommes politiques, on m’a fait remarquer que j’avais lancé cette question à la fin d’un entretien avec Georges Marchais, qui dirigeait alors le parti communiste français. C’était un mouvement d’humeur dont je n’avais pas souvenir. Pour ma part, je ne suis pas accordé de près aux religions. Je prône une spiritualité, qui nous dépasse. Je suis pour le mystère qui enveloppe la spiritualité. J’ai une foi profonde dans les êtres.

  • bn