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Les élections au Grand Conseil et au Conseil des Etats vaudois approchent. L’occasion de demander à six candidats comment ils concilient
les impératifs de la sphère politique avec une vie spirituelle
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Raphaël Liechti
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Jean-Luc Chollet
député au Grand Conseil, Union démocratique
du centre (UDC)
Lui que ses collègues appellent volontiers «le pasteur» estime que c’est
la foi et non la religion qui marque son engagement politique. «Je
n’agis pas en fonction d’une Eglise, mais en conformité avec ma
perception du Dieu révélé dans la Bible.» Cet agriculteur engagé dans
l’Eglise évangélique essaie de concrétiser la parole biblique «vous êtes
le sel de la terre» en allant à la rencontre de l’autre. «Ce sel, il
faut l’intégrer chaque jour. Parfois j’y arrive, et parfois c’est
catastrophique!» relève-t-il en souriant. Propriétaire de bétail
laitier, Jean-Luc Chollet va à l’église en fonction de ses
disponibilités. Il prie «tous les jours, en particulier le soir en début
de repas», essaie de dire «aussi souvent merci que s’il te plaît au
Seigneur», et avoue: «Mes sujets de prière sont plus nombreux dans ma
vie politique que professionnelle!» Il ne voit aucune contradiction
entre les positions de l’UDC en matière d’accueil des étrangers et les
exigences de l’Evangile concernant l’amour du prochain. «Je crois en le
respect des lois que j’estime être justes.» Jean-Luc Chollet interroge
souvent ses prises de position à la lumière de ce qu’il comprend de
l’Evangile. «Cela m’a d’ailleurs conduit une fois ou l’autre à me
démarquer de mon groupe.»
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Claude Schwab
député au Grand Conseil, Parti socialiste (PS)
Pasteur à la retraite, «donc pas très représentatif des positions
religieuses en général du Parti socialiste», Claude Schwab va moins
souvent à l’église depuis qu’il est à la retraite. Lorsqu’il fait de la
politique, il ne «brandit pas l’étendard religieux» mais est convaincu
que la politique doit être menée dans un souci éthique pour «défendre
les personnes les plus vulnérables et le bien commun». Claude Schwab
l’avoue, certains de ses collègues sont un peu anticléricaux, mais «il
n’y a pas de position monolithique et le débat est toujours possible».
L’ancien pasteur dit rencontrer «des obstacles, comme tout honnête
homme» dans l’application de ses convictions. Dans la sphère politique,
ce qui lui est le plus difficile, c’est de concilier Etat de droit et
engagement envers les plus vulnérables. «On ne peut pas chanter l’amour
des lois en fermant les yeux sur la détresse concrète des personnes»,
explique-t-il. S’engager dans un parti explicitement lié au
christianisme, Claude Schwab n’y pense pas. «Je ne le pourrais pas. Le
message de Jésus ne donne pas de réponses toutes faites en politique. Il
faut admettre que les prises de position des chrétiens sont diverses et
multiples.»
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Philippe Leuba
candidat au Conseil
des Etats, Parti libéral
Protestant convaincu, Philippe Leuba a siégé huit ans dans un conseil de
paroisse. Au moment de prêter serment au Conseil des Etats, il est le
seul, avec deux autres collègues, à le faire de manière complète,
c’est-à-dire avec les formules religieuses. Il ne fait pas pour autant
de sa foi un étendard. «C’est une question de conviction profonde avant
tout», affirme-t-il. Il a toujours prié régulièrement et, adolescent,
s’est attelé à la lecture de la Bible «de la Genèse à l’Apocalypse. Je
l’ai fait par conviction, non par vantardise». Le fait de mêler
l’exercice de la politique à une foi bien établie lui a apporté deux
convictions. «La première, c’est que nous sommes peu de chose en regard
d’un texte qui s’inscrit dans l’Eternité. La seconde, c’est que tout
pouvoir terrestre est limité. Seule la transcendance peut nous amener
plus loin», affirme-t-il. Et quand on lui demande s’il n’y a jamais de
contradiction entre sa foi et l’exercice de la politique, il répond
qu’il a «de la chance. Je suis dans un parti où le maître mot, c’est la
liberté de conscience, et les divergences n’empêchent pas le respect».
Le libéralisme est-il toujours compatible avec l’Evangile? «Bien
davantage que le socialisme à la mode de Corée du Nord, à Cuba ou en
URSS. En tant que chrétien, je n’aimerais pas y vivre!»
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Jacques-André Haury
député au
Grand Conseil,
Parti vert’libéral
Protestant et membre de l’Eglise évangélique réformée, Jacques-André
Haury va au culte «plus ou moins régulièrement. Parfois, je l’écoute à
la radio.» Il apprécie que «le dimanche soit consacré à la relation avec
Dieu. Si ça ne se fait pas, je ressens un véritable vide»,
souligne-t-il. Jacques-André Haury prie «dans des circonstances bien
particulières: quand je suis inquiet, ému, reconnaissant...» Le lien
entre ses convictions et sa vie politique, il le voit sans difficulté.
«L’histoire sainte continue et nous sommes tous ses petits artisans.»
Pour ce vert’libéral, c’est l’éthique qui est le lien entre la religion
et la politique. «L’éthique, ce n’est pas faire plaisir à tout le monde
mais choisir entre le bien et le mal. Prendre une décision et avancer,
comme l’exige la politique.» Le libéralisme économique est-il compatible
avec l’Evangile, qui place l’être humain avant tout? «Je ne m’identifie
pas avec le libéralisme absolu», précise Jacques-André Haury, qui
interprète le libéralisme comme la capacité de l’être humain, né libre, à
se montrer responsable dans la limite de la morale. Mais politique et
Evangile ne font pas toujours bon ménage. «Dans l’idéal, on devrait
pouvoir tout se dire franchement, or l’action politique suppose que l’on
prenne certaines précautions.»
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Claude Béglé
candidat au Conseil d’Etat, Parti démocrate-chrétien (PDC)
Croyant, Claude Béglé va indifféremment «au temple ou à l’église».
L’essence même de sa vie spirituelle, c’est la prière: tous les
dimanches soir, il y passe plusieurs heures seul avec lui-même. «Ayant
une vie très agitée, j’ai besoin de points fixes. La prière est si
importante pour moi qu’en vingt ans je ne l’ai jamais manquée»,
souligne-t-il. Claude Béglé s’intéresse à la religion depuis qu’il est
enfant. «Je trouve difficile de concilier mes principes avec les
contingences du quotidien. Mais c’est le lot de tout le monde», dit-il.
Pour lui, la politique est un bon moyen de «transmettre des valeurs et
un regard sur la société». Le PDC, qui se veut être un parti chrétien
comme son nom l’indique, agit-il toujours en fonction des valeurs de
l’Evangile? «Dans toute dénomination, il y a l’intention et il y a des
déviations. Par exemple, le mot UDC signifie: union démocratique du
centre, mais il est plus à droite qu’au centre», glisse Claude Béglé. Il
dit regretter que le PDC vaudois soit perçu comme une mouvance
politique catholique, car «c’est un parti qui devrait incarner davantage
qu’une obédience religieuse». Son vœu? Que la sphère politique, en
Suisse, se consacre plus à la défense de valeurs qu’aux jeux de pouvoir.
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Anne Baehler-Bech
députée au Grand Conseil, Les Verts
Anne Baehler-Bech est présidente du Centre social protestant Vaud. Elle
ne croit pas plus en Dieu qu’en une force supérieure. «C’est en l’être
humain que j’essaie de croire.» Elle n’a pas de pratique religieuse
particulière mais prend toujours le temps de réfléchir aux décisions
qu’elle prend, «pour savoir si je pourrai continuer à me regarder dans
la glace». Les Verts n’abordent pas la question de la foi car «cela fait
partie de la sphère privée». En revanche, l’éthique, le partage et la
solidarité sont amplement débattus. «J’ai beaucoup reçu et d’autres
n’ont rien. Tenter de diminuer ces inégalités, c’est le moteur de mon
engagement politique», explique-t-elle. Anne Baehler-Bech estime que
convictions profondes et réalité politique ne vont pas toujours de pair.
«Il faudrait pouvoir faire plus que des petits pas pour se sentir en
accord avec soi-même.» Elle réfute l’idée selon laquelle le parti Vert
se préoccuperait davantage de la sauvegarde de la nature que de l’être
humain. «Notre action repose sur la solidarité, la responsabilité et
l’environnement. Nous n’oublions pas la perspective économique: il est
impossible de faire table rase du système. Pour changer la réalité, il
faut d’abord l’accepter.»
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«Notre passé nous enseigne la prudence»
Claude Longchamp, politologue et président de l’institut de sondages GFS à Berne, parle de la foi des politiques
Les hommes politiques qui ont
une foi l’affichent-ils facilement?
Claude Longchamp: Non, la plupart ne montrent pas leurs convictions religieuses. Ce serait contre-productif: soit l’électorat suisse est indifférent à la religion, soit il la perçoit de manière négative. Sur deux cents députés, seule une vingtaine prend donc ouvertement position sur la question. Mais parfois affirmer son identité peut aider à se démarquer. L’ancienne présidente de la Confédération Ruth Dreyfuss n’a par exemple jamais nié sa judéité.
La religion n’est donc jamais un atout politique?
Elle peut l’être dans certains cas. Par exemple, le PDC rassemble principalement des catholiques et l’UDC des protestants. Mais ces préférences électorales sont davantage liées à des raisons historiques et culturelles qu’à la foi. Le PDC récolte des voix dans des régions avec un passé catholique comme le Jura ou le Valais alors qu’il a des scores très faibles à Berne, un canton protestant. Et quand l’UDC fait référence au caractère chrétien de la Suisse, c’est davantage au niveau culturel que spirituel.
Comment expliquer cette défiance vis-à-vis des convictions religieuses?
L’histoire suisse est marquée par de forts conflits régionaux et religieux. Ce passé nous enseigne prudence et discrétion, particulièrement en politique. Dans le monde de l’économie, il est plus facile de s’afficher. Par exemple, l’élection de Philippe de Weck à la tête d’UBS en 1976 avait été perçue comme un événement: c’était la première fois qu’un catholique occupait cette fonction.
Petits partis, fortes convictions
La première valeur de l’UDF – Union démocratique fédérale – c’est la crainte de Dieu. Ce petit parti très engagé présentera le 11 mars prochain, outre des candidats au Grand Conseil issus de plusieurs districts vaudois, Maximilien Bernhard au Conseil d’Etat. Député depuis 2007 et porte-parole de l’UDF en Suisse romande, il constate «avec satisfaction que l’éthique et les valeurs chrétiennes ont gagné en influence dans le débat politique cantonal lors de la présente législature et (il entend) continuer à s’engager dans ce sens», dans le communiqué de presse annonçant sa candidature.
Quant au PEV – Parti évangélique – qui se donne pour but de «concrétiser des valeurs chrétiennes dans une politique humaine», il essayera d’obtenir un siège de député au Grand Conseil. N’existant que depuis une dizaine d’années dans le canton de Vaud, il fera liste commune dans une demi-douzaine de districts avec l’Alliance du Centre, un groupe parlementaire du Grand Conseil vaudois constitué des neuf élus issus du PDC, du Parti vert’libéral, de Riviera Libre, de l’UDF ainsi que d’une indépendante.
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