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Edito
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Vous avez vu «Intouchables»? |
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| 19-01-2012 | |
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Moi, je me méfie d’instinct des films que tout le monde a vus et doit aller voir.
Que tirer de cette opposition abyssale entre l’appart’ africain et l’hôtel particulier de Philippe? J’ai hésité à partir à l’entracte et à fuir les relents de pop-corn de mes voisins. Et puis, peu à peu, le film m’a pris dans son filet. J’ai été touché, non par les tours de force de Dris, mais par l’humanité qu’il éveillait chez son patron tétraplégique. J’ai perçu qu’aux antipodes du paternalisme des autres il allait chercher chez le handicapé la force et la facétie qui sommeillaient. J’ai compris qu’entre ces deux marginaux, l’un des banlieues et l’autre du corps, une conscience commune de l’exclusion les empêchait de se jeter un regard de supériorité. Et que le riche au corps crucifié soit sauvé, oui sauvé par le marginal des banlieues, a de quoi donner de l’espoir face aux fatalismes ambiants. Je me suis même dit qu’il y avait de l’Evangile dans ce renversement des valeurs. Et que Jésus contresignerait sans hésiter cette idée qu’aimer l’autre, c’est le faire grandir et non l’humilier en l’engluant dans une charité paralysante. Mais chut, ne le répétez pas. Vous avez vu «Intouchables»?
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«Quoi, vous n’avez pas vu ‹Intouchables?» L’idée qu’il faut être passé par là pour faire partie du groupe m’horripile, et à tout prendre, je préfère qu’on me dise: «Ah bon, tu n’es pas allé le voir, et pourquoi?» Au moins là, on m’écoute avec un semblant d’intérêt, tandis que je me noie à bêler avec les moutons. Bref, j’ai résisté longtemps. Jusqu’au jour où j’ai appris qu’«Intouchables» était le film le plus vu par les Romands depuis dix ans. C’en était trop. J’y suis allé, bien décidé à garder l’œil critique, intéressé surtout par la question: que trouvent-ils tous de génial à ce film?
Les débuts ont confirmé mes soupçons. La caricature de la société bourgeoise à laquelle appartient le handicapé est trop massive. Ridiculiser la musique classique et l’opéra, le luxe et les beaux meubles, la langue châtiée et le costume-cravate m’est apparu d’une facilité suspecte. Quant à l’Africain des banlieues, il surjoue son rôle de casseur en exhibant ses muscles huilés.
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