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EPER banniere noel 2011
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Reportage
Un toit fiable sur la tête Version imprimable Suggérer par mail
19-01-2012

Pour Haïti, le séisme a été comme un coup de massue. Visite, deux ans après le drame, à des survivants et à ceux qui les aident

reportage

Violette est heureuse d’avoir un toit.

A. Schwaiger 2011 – www.schwaiger.ch  


Deux ans déjà que la terre a tremblé en Haïti! Ce 12 janvier 2010, une minute de secousses a suffi à écraser des milliers de maisons, à agenouiller des églises, à anéantir des écoles, éventrer des ministères publics, défoncer des routes. Rosmita Lindor et ses quatre enfants vivaient à Port-au-Prince. Ils ont juste eu le temps de sortir de chez eux avant que leur maison ne s’écroule. Après des jours d’errance dans des rues jonchées de morts, sans rien à boire ou à manger, Rosmita et les siens ont rejoint un camp d’urgence. Six mois plus tard, Rosmita a jugé que la promiscuité et la violence au sein du camp devenaient dangereuses pour sa fille de 14 ans. Rosmita a donc quitté la capitale pour rejoindre sa sœur en province. La Grande Anse a ainsi vu des flots de personnes débarquer de zones sinistrées après le séisme. L’accueil de nouvelles familles a posé de sérieux problèmes à cette population paysanne qui avait déjà de la peine à nouer les deux bouts. Implantée dans cette province depuis 38 ans, l’Entraide protestante (EPER) et ses organisations partenaires ont monté des projets visant à soulager économiquement ces «réfugiés» et leurs familles d’accueil. Dans un premier temps, 800 bourses scolaires ont été offertes pour que les enfants déplacés puissent reprendre le chemin de l’école dans leur nouvelle zone d’habitation. «L’éducation nous permet de marcher la tête haute. Cela aide nos familles et nous permet de faire de bons choix», témoigne Madeleine, une écolière de cinquième année au bénéfice d’une bourse.

Pour générer des revenus auprès des déplacés et de leurs familles d’accueil, l’EPER et des organisations de producteurs agricoles se sont lancées dans la réfection de pistes rurales. «Comme le peuple a soif de travail, les gens se pressent au portillon», explique Pierre Jean, maître d’œuvre du premier tronçon. Les travailleurs œuvrent cinq jours par semaine mais ne sont payés que pour quatre jours, c’est notre manière de leur demander une participation communautaire. Un aveugle se réjouit de cette nouvelle route: «Elle est pour moi!» «Avant, on pataugeait dans la boue quand il pleuvait, maintenant, les enfants peuvent arriver propres à l’école!» raconte un riverain. «La route est aussi utile aux marchandes qui se rendent à Jérémie et Port-au-Prince pour écouler leurs récoltes», explique celui que tous appellent Monsieur Jean. Les dégâts causés aux habitations demeurent une grande préoccupation en Haïti. Deux ans après le séisme, les camps de tentes qui ont fleuri après le tremblement sont encore nombreux. Ils occupent des places dans les villes, ou viennent grossir les bidonvilles le long des routes. Les tentes bleues, consolidées tant bien que mal par d’autres bâches, sont collées les unes aux autres. La bourgade de Petit-Goâve, proche de l’épicentre, déplore la destruction de près de 6000 maisons et l’endommagement de 24 000 autres.

Marie Alina, 74 ans, est l’une des premières bénéficiaires du projet de reconstruction. Sa maison s’est littéralement écroulée lors du tremblement de terre. Elle y vivait avec deux de ses filles, seules à élever leurs quatre enfants, dont un né dans la rue peu après le séisme. «Cette famille était déjà très précarisée avant le tremblement de terre, explique Anaël Tataille, en charge des questions sociales de l’EPER, raison pour laquelle elle a été prioritaire.» Quitter une tente en piteux état, dont tous les voisins se moquaient en l’appelant la «tente macaque», a permis à ces femmes et enfants de retrouver une dignité. «Je suis heureuse que nous puissions enfin tous dormir au sec», conclut Marie avec un grand sourire. Contrairement à d’autres ONG qui se sont concentrées sur la construction d’abris provisoires, l’EPER répare ou bâtit des maisons définitives en béton armé à Petit-Goâve, respectant les normes parasismiques et para-cycloniques. Aidée de son mari et d’un cousin, Eliane Dorvil travaille à la réparation de sa maison. «C’est le ‹boss maçon› qui nous dit ce que nous devons faire. Nous portons l’eau et les blocs de ciment, et sommes à disposition pour apporter les outils ou mélanger le mortier.» Elle se réjouit déjà de voir sa maison terminée. Elle la peindra en rose et crème.

  • Joëlle Herren Laufer

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