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Hommage
Sœur Emmanuelle: «Je ne crois pas que Dieu me jugera avec sévérité» Version imprimable Suggérer par mail
21-10-2008
 

La charité, c'est le point essentiel de la foi chrétienne?
D'après le Christ, c'est très simple. Il faudrait toujours lire, relire et méditer le fameux chapitre 25 de saint Matthieu. Jésus parle de la fin des temps, du jugement dernier, comme on dit. Il y aura là des chrétiens, qui ont cru au Christ, qui auront été régulièrement au temple ou à l'église; des musulmans, qui auront été à la mosquée; des juifs, qui auront été à la synagogue. Des gens fort bien. Mais le Christ n'a pas un mot pour ça, rien! Il dit simplement: «Je dirai aux uns, j'ai eu faim, j'ai eu soif, j'étais malade, j'étais en prison, j'étais nu, tu es venu vers moi. Entre dans la joie de ton Seigneur.» Ça va loin, ce chapitre. Chrétiens ou pas, musulmans ou pas, juifs ou pas, croyants ou pas, athées ou pas, le Christ dira: «Tu as aidé tel ou tel, tu as donné de ton temps, de ton argent, tu as donné ton cœur à ceux qui souffrent. C'est comme si tu l'avais fait à moi. Le paradis est pour toi.» Je ne l'ai pas inventé. Le Christ l'a dit. Saint Jean de la Croix le résume ainsi: «Au dernier jour, nous ne serons jugés que sur l'amour.»

Qui je suis? Une pauvre fille... aimée de Dieu»

Comment voyez-vous les jeunes aujourd'hui?
J'ai beaucoup d'estime pour la jeunesse d'aujourd'hui. J'aime sa vitalité. Les jeunes veulent faire quelque chose de leur vie. Combien en ai-je vus, qui laissent des vacances pour venir dans un bidonville avec notre association, pour transformer des cabanes sales et dégoûtantes en petites maisons proprettes. Ah, nous avons une jeunesse merveilleuse! Il faut seulement la motiver. Nous sommes responsables, nous les adultes, d'offrir aux jeunes des possibilités de don d'eux-mêmes. Ils sont toujours partants.

Que dites-vous aux parents?
Je reçois des lettres. «Ah, ma sœur, si vous saviez, mon fils, ma fille, la drogue, l'alcool... Il a quitté la maison.» Des parents désolés. Je leur dis de ne jamais se décourager: «Ce sont vos enfants. Vous leur avez transmis quelque chose de bon. Ça reviendra un jour. Il ne faut jamais tout casser.» C'est mon expérience. Il faut garder le contact. Lui dire que l'on n'est pas de son avis, «mais je suis ton père, je suis ta mère, viens quand tu veux». Le porter un peu, le supporter. Il faut beaucoup de patience quand on est parent aujourd'hui. Parce que le climat n'est pas bon pour les jeunes. 

En une phrase, Sœur Emmanuelle, c'est qui?
Sœur Emmanuelle, c'est une ­pauvre fille... aimée de Dieu. Point à la ligne. Je ne suis pas du tout extraordinaire en rien. L'extraordinaire, c'est que chacun d'entre nous est aimé de Dieu et peut s'appuyer sur Lui avec confiance, comme un enfant. Voilà le secret.

  • V.Vt (interview réalisée en avril 2005)