Spiritualité
Faites de l’exercice avec Jésus
23-09-2009

Un pasteur a imaginé un cheminement spirituel comme si vous étiez sur les pas du Christ

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Pierre Glardon: «La quête de soi ne peut se passer de la quête de Dieu.»

Photo : bn


Quelle place chaque individu devrait-il accorder à sa spiritualité? «Celle qu’il veut, simplement celle qu’il veut. Mais j’ajoute: celui qui ne boit pas meurt.» Le pasteur Pierre Glardon est président du Conseil de la Fondation réformée, un organisme qui a pour but de développer des offres de cheminement spirituel. Il propose une démarche qui, tout en s’inspirant de la tradition, a l’audace d’innover: «Nous avons pris la responsabilité de construire un parcours initiatique, un cheminement spirituel, comme d’autres traditions l’ont fait», annonce le pasteur.

L’idée veut répondre à un besoin: «J’ai souvent constaté à quel point la prédication au culte ne change pas forcément la vie des gens. Elle transmet des croyances et des valeurs, mais l’Evangile dépourvu de mise en pratique perd de son sel. Nous avons fait de Jésus, avec le temps, un auteur de textes à commenter. Mais si je lis et comprends sans rien en faire, cela ne transforme pas ma vie.»

Ce sel, le pasteur le retrouve en changeant l’entrée en matière. «Et si nous considérions l’enseignement de Jésus de Nazareth non comme quelque chose d’intellectuel mais d’abord comme des exercices pratiques?» Un peu à l’image des exercices spirituels pratiqués dans le bouddhisme et l’hindouisme, ou par saint Ignace de Loyola. «Regardez ce qui se passe si pendant un mois vous pratiquez à la lettre le non-jugement. Une transformation visible de vos relations s’opère», assure le pasteur qui teste et peaufine son parcours depuis cinq ans avec trois autres collègues.

Pierre Glardon l’affirme sans crainte d’être à contre-courant: une part des enseignements de Jésus peuvent être pris «à la lettre». «Je crois que c’était son projet. Je fais l’expérience que si je m’y exerce, son enseignement m’interpelle, remet de la vie et il se passe quelque chose.» Le perfectionnisme protestant serait-il de retour? «Non, j’exerce ces enseignements à la lettre, mais je les prends aussi comme horizon. La première exigence m’évite de rester inactif, la seconde de me laisser écraser par leur côté radical. Je me mets en mouvement, en sachant que la chute et le relèvement font partie du chemin.»

La bonne trouvaille

Ce chemin invite à rejoindre les disciples marchant avec Jésus. Le pasteur en a découvert l’entrée un peu par hasard avec son collègue Pierre-André Pouly. «Après vingt ans d’enseignement biblique, nous voulions décadrer les gens lors d’un séminaire en lisant l’Evangile dans un ordre différent», se souvient-il. S’inspirant d’une étude récente, ils placent des extraits de Luc dans l’ordre reconstitué de la Source Q, une collection de paroles de Jésus aujourd’hui perdue mais dans laquelle les évangélistes ont puisé. «A notre surprise, les participants à nos premiers séminaires posaient les questions qui conduisaient à l’enseignement suivant du Maître de Nazareth. Ce n’était pas un hasard, nous avons découvert que cet ordonnancement offrait une gradation des difficultés.»

La question de savoir si Jésus lui-même, ou bien l’auteur de la Source Q, l’a voulu ainsi reste ouverte. Le pasteur constate simplement que la démarche permet une approche pas à pas. «La mise en pratique précède l’explication. Elle ne met pas d’abord les gens en prière. Le premier lieu de l’exercice est nos relations. C’est donc exigeant, mais lié au quotidien.» Il faut tout de même s’investir. Le parcours imaginé par la Fondation réformée demande une rencontre par mois pendant un an, en individuel ou en groupe. Celui qui chemine part de son «histoire spirituelle», mais la démarche n’est pas «celle du cabinet du thérapeute. Car nous buterions sur l’absence d’une parole tierce, celle de Jésus. Pour ne pas tourner en rond, la quête de soi, à un moment donné, ne peut plus se passer de la quête de Dieu.»

Pierre Glardon se défend d’être un maître spirituel. «Je suis un accompagnant. Je prends exemple sur les disciples qui ont transmis l’enseignement du Maître. D’ailleurs je ne crée pas un club. Je suis au service de l’Eglise. Je refuse de baptiser un participant qui le demande, je l’envoie pour cela dans sa paroisse.»

  • G.D.

En faire plus

  • Un parcours: «Cheminer spirituellement, ne plus tourner en rond dans sa vie»: conférence d’introduction au Séminaire d’initiation à un cheminement spirituel, lundi 26 octobre et mercredi 28 octobre à 20h15 à Lausanne, Maison des Charmettes (ch. des Charmettes 4). Le parcours sur un an coûte 600 fr. Rens.: 021 801 68 55