Chrétiens du monde
L'alternative protestante en Italie
19-01-2012

Très minoritaires, les protestants d’Italie n’ont pas peur d’être progressistes. Visite

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Les protestants italiens, une minorité active. Ici, lors d’un synode près de Turin.

Photo : DR 


Ils sont une minorité, à peine un sur mille, mais leur présence ne manque pas de saveur. «Nos Eglises protestantes sont des écoles de démocratie, de responsabilité personnelle, de solidarité et d’alternative éthique», affirme Renato Maiocchi, baptiste, ancien responsable du service de presse de la Fédération protestante italienne. «Depuis des siècles, nous offrons une manière différente de comprendre la foi chrétienne. Une alternative sur le plan politique aussi, puisqu’une grande majorité des protestants italiens se situe à gauche», précise notre interlocuteur. Les protestants sont moins de 65 000 dans un pays de 61 millions d’habitants à forte majorité catholique. Pourtant, seuls les chiffres fournis par les Eglises l’attestent. «L’Etat ne recense pas l’appartenance religieuse, un peu comme si tout le monde était catholique», ironise Renato Maiocchi. Les protestants les plus nombreux sont les vaudois avec 35 000 membres – comprenez «vaudois» ici au sens d’issus de la prédication de Pierre Valdo. Ils sont suivis des baptistes (15 000), des luthériens (7000) et des méthodistes (5000). Ils sont réunis en Fédération des Eglises protestantes italiennes. Cette minorité fragile n’a pas peur des idées progressistes, notamment sur les questions de fin de vie ou sur l’homosexualité.

La bénédiction des couples de même sexe est pratiquée chez les vaudois et les luthériens, explique Renato Maiocchi: «Quant aux baptistes, ils n’ont pas encore pris la décision officielle mais n’ont pas de problème sur ce sujet.» L’Eglise catholique n’est pas la seule à bénéficier d’un soutien étatique suite à une loi de 1985. Le 0,8% de l’impôt national se répartit entre l’Eglise catholique, six communautés religieuses qui ont signé un accord avec le gouvernement et des œuvres de l’Etat. Le partage se fait proportionnellement aux contribuables qui ont mentionné leur choix. «Des athées qui se méfient autant de l’Eglise catholique que de l’Etat préfèrent soutenir l’Eglise vaudoise. Car elle attribue l’argent avec beaucoup de transparence à des projets humanitaires, sociaux ou culturels, et pas à ses propres besoins», explique l’Italien. Ainsi en 2000, l’Eglise catholique a reçu 87% de cette part de l’impôt, les œuvres de l’Etat 10% et celles des vaudois plus de 1% malgré la petite taille de cette communauté. «Pour le reste, la vie des Eglises protestantes est financée par les fidèles», précise Renato Maiocchi.

Entre décroissance et immigration

Deux grands défis attendent les protestants d’Italie. D’abord, la décroissance, puisque les Eglises historiques sont touchées par le vieillissement. «Nous observons toutefois un changement du côté des nouveaux membres, observe le protestant. Il y a quelques décennies, ils venaient de l’Eglise catholique, par réaction. Aujourd’hui, ils sont issus de l’athéisme. Mais ces nouveaux croyants très engagés ne compensent pas entièrement la baisse.» L’autre défi vient de l’immigration. «Sur 4 millions d’étrangers que compte le pays, 800 000 sont de diverses dénominations protestantes.» Certaines communautés trouvent un toit chez les baptistes, qui les accueillent si elles acceptent leur confession de foi.

Ainsi à Rome, sept communautés différentes, issues d’Afrique, d’Europe de l’Est ou d’Asie, utilisent les bâtiments de l’Eglise baptiste. «Le grand défi est de trouver le moyen de ne pas simplement intégrer ces croyants, mais de se laisser influencer réciproquement.» Pas si simple, puisque ces protestants sont souvent plus fondamentalistes. «C’est un travail de patience et d’humilité», observe Renato Maiocchi.

  • G.D.
  • Dans un prochain numéro: Les protestants d’Espagne