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Le visage de Mahomet entre les lignes |
| 11-01-2008 | |||
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Depuis quarante ans, les ethnologues Micheline et Pierre Centlivres collectionnent des images populaires islamiques. A voir à Lausanne
La dispute autour des caricatures de Mahomet qui a éclaté en 2006 l'avait rappelé avec violence: l'islam interdit la représentation du prophète Mahomet. Cela n'a pas empêché des illustrateurs dans le monde musulman de produire, au fil des ans, des images colorées et spectaculaires, qui présentent le Prophète sans le montrer. Micheline et Pierre Centlivres, couple d'ethnologues vaudois auteurs de nombreux ouvrages, ont ramené des images de ce genre de leurs voyages dans le monde musulman. «Nous avons commencé en Afghanistan dans les années 1960, raconte Micheline. On peut acheter ces images auprès de vendeurs ambulants dans les marchés ou à proximité des lieux de pèlerinage. Nous avons été frappés par leurs couleurs vives, séduits par leur côté joyeux. Ces images bon marché sont immédiatement compréhensibles dans les classes populaires. Mais elles présentent plusieurs niveaux de lecture, avec leurs symboles et leurs calligraphies.» Parmi les 1300 images que possède le couple, cinquante sont présentées à la Bibliothèque cantonale et universitaire, au palais de Rumine à Lausanne. «Toute une catégorie de nos images fait le lien entre le politique et le religieux. Je ne compte pas les portraits de Nasser, Saddam Hussein, de Massoud ou de rois afghans... Le fait de les montrer en prière renforce leur statut d'hommes politiques.» L'exposition lausannoise a fait un autre choix. «Nous avons sélectionné des images clairement religieuses, sur le thème de la présence absente du prophète Mahomet, explique Micheline Centlivres. Dans ces images, Mahomet est invisible, mais il est présent partout: son nom, son tombeau, sa sandale, sa monture... Il apparaît de façon redondante au milieu de versets du Coran.» Pas des icônes
Comment représenter le Prophète sans le montrer physiquement? Les moyens utilisés sont variés. Voici par exemple Al-Burâq, la monture ailée qui a transporté le prophète Mahomet, en une nuit, de La Mecque à Jérusalem, d'où l'archange Gabriel l'a accompagné au ciel, auprès de Dieu lui-même, selon le récit du Coran. Ou alors, la main ouverte qui symbolise à la fois les cinq membres de la famille - le Prophète, sa fille, son gendre Ali et leurs deux fils - les cinq obligations de l'islam et les cinq prières quotidiennes. «Ce ne sont pas des icônes, précise l'ethnologue. On ne les vénère pas, ce sont des rappels du Coran et des hadiths. La non-représentation du Prophète avait pour objet d'éviter que des images ou des statues ne puissent devenir l'objet d'un culte. Il ne s'y trouve jamais d'ombres, comme pour mieux montrer qu'elles ne représentent pas quelque chose de réel.» En 622 après Jésus-Christ, en délicatesse avec La Mecque, Mahomet se réfugie à Médine, ce qui marque le début de l'ère musulmane, l'hégire. Le tombeau du Prophète à Médine est souvent représenté, reconnaissable par la coupole verte sous laquelle il se trouve. Cette ville aimée du Prophète apparaît à côté des deux autres villes saintes de l'islam, La Mecque et Jérusalem. «L'interdit de la figure de Mahomet a donné lieu à une richesse extraordinaire dans l'art, une profusion de décors floraux et de calligraphies qui jouent un grand rôle dans l'ornementation.» Autre façon de représenter le Prophète, l'arbre généalogique, comme ce palmier dont le tronc illustre la succession des prophètes, depuis Adam, Noé, Abraham, Moïse... jusqu'à Mahomet, à la cime de l'arbre. Sur le fronton du portique, le nom d'Allah couronne le tout. Rares sont les femmes qui apparaissent dans ces généalogies illustrées, à l'exception de Maryam, mère de Jésus, et de Fatima, la fille du Prophète. n
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