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Dossier
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La foi chrétienne, c'est facile |
| 30-03-2008 | |||||
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Une journaliste et deux pasteurs expliquent dans un langage simple les bases du christianisme. Et les questions qu'il suscite
Croire, c'est «faire confiance à quelqu'un», souligne la journaliste Joëlle Chabert, dans un petit livre qui vient de paraître «La foi des chrétiens expliquée à tous»*. Le verbe croire est issu d'un mot latin qui signifie «mettre sa confiance en quelqu'un, lui confier quelque chose». Le français en garde la trace puisque les mots de la même famille - comme «créancier» - ont pour point commun la confiance. Ils impliquent qu'«on peut se fier à quelqu'un, s'appuyer sur lui en éprouvant un sentiment de sécurité», explique l'auteur. Il en va de même pour la foi, avec ses mots dérivés comme «fidèle» ou «fiancés». La foi est donc aussi engagement, issu de cette confiance. Elle peut être si forte qu'elle a valeur de preuve: le cachet postal «fait foi». Elle n'est cependant pas toujours fiable, quand il s'agit d'une «profession de foi» d'un candidat aux élections. «D'une certaine façon, nous sommes tous des croyants car la vie nous porte à faire confiance», écrit l'auteur. Eh oui, bien obligés de faire confiance aux autres! D'où le fait que «croire n'est pas savoir», et qu'il porte en soi l'incertitude. «Il est normal d'hésiter avant de donner sa confiance.» Le doute est même «bénéfique, cela déjoue des pièges. La lucidité, la critique, la réflexion ne sont pas des ennemis de la foi.» Jésus, un message étonnantLa base pour un chrétien: Jésus. Il n'a rien écrit lui-même. On le connaît surtout par les quatre Evangiles - un mot qui signifie «message qui fait du bien» ou «bonne nouvelle». Celle annoncée par Jésus dit: Dieu est avec vous, avec vous tous. «Bien peu de gens sont prêts à gober le contenu de ces textes sans précautions», admet Joëlle Chabert. D'où le recours aux spécialistes. Pour eux, l'existence de Jésus «n'est pas remise en cause». Les historiens s'accordent à dire qu'il est né vers l'an 4 avant notre ère. «Jésus est un prédicateur itinérant, un maître qui parle de Dieu mais ne dit presque rien de lui-même, résume la journaliste. Des hommes et des femmes l'accompagnent. Son activité de guérisseur lui vaut un certain succès.» Il meurt vers 30 ans, condamné à la crucifixion par le préfet romain Ponce Pilate. Les disciples de Jésus continuent à se retrouver. «Ils se racontent sa vie, ses miracles... et c'est comme si Jésus continuait à parler et à nourrir leur confiance.» En fait, tout démarre du témoignage d'une femme, Marie de Madeleine, à qui Jésus «se fait voir» après sa mort. Une apparition suivie d'autres aux disciples. Joëlle Chabert explique: «Ressusciter signifie redresser, relever, réveiller, susciter à nouveau la vie... faire revivre.» Une chose est sûre, «la vie de Jésus après sa mort n'est pas identique à celle d'avant». Pour les chrétiens, «il se produit comme un va-et-vient entre ce que Jésus a dit et fait en son temps et ce qu'il dit aujourd'hui, fait maintenant.» Ils l'appellent «Seigneur» - comme Dieu - et «Christ», le titre du Messie qu'Israël attendait pour faire «régner la paix, la justice et la fraternité». Dieu, nouveau portraitLe Dieu de Jésus est celui d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Pourtant, «Jésus présente un Dieu différent de celui des théologiens juifs de son époque. Il bouscule les opinions reçues», explique Joëlle Chabert. En quoi? «Jésus combat le rôle que ces dirigeants font jouer à Dieu: un comptable des fautes qui se venge en envoyant des punitions.» Aux yeux de Jésus, «Dieu est prisonnier d'une religion dont les responsables en sont venus à faire passer la loi (religieuse) avant l'esprit». En prenant la défense d'un Dieu «mal connu», Jésus «se bat contre ceux qui tiennent le peuple en esclavage en se servant de la religion. Il affirme que Dieu est honoré là où l'homme se libère.» Du coup, un nouveau portrait de Dieu se dessine: Dieu s'intéresse aux gens méprisés, chacun a de l'importance à ses yeux et peut l'appeler Père, un «père plein de tendresse». Corollaire: si Dieu est le père de tous les êtres humains, «il les invite à se considérer comme frères et sœurs», semblables devant lui.
* Editions Bayard, 2007 Trois questions sensibles 1. La Bible est-elle la parole de Dieu? A la question «L'Ancien Testament a-t-il été dicté par Dieu à ses auteurs?» le pasteur Alain Houziaux* répond: «Bien évidemment non. Les textes bibliques ont été écrits par des hommes qui s'appuyaient sur une tradition orale ancienne. Certains estiment que les auteurs étaient inspirés par Dieu, mais en aucun ces textes n'ont été pris sous dictée. L'autorité de ces textes ne vient pas du fait qu'ils auraient été dictés par Dieu, mais bien du fait que les Eglises et communautés juives ont reconnu qu'ils faisaient écho à la Parole de Dieu, l'interpellation de Dieu vis-à-vis des hommes. Ils ont donc été inclus dans le canon, l'ensemble des livres reconnus. Les cinq premiers livres de la Bible, le Pentateuque, avaient déjà cette autorité à l'époque de Jésus. Pour les autres, la décision est intervenue entre le Ier et le IVe siècle. Fait remarquable, les chrétiens ont intégré l'Ancien Testament, qui précède l'avènement de Jésus, dans leurs écrits. Le christianisme reconnaît le judaïsme comme son père, mais il entretient avec lui une relation œdipienne, qui a provoqué plus d'un drame. Pour le Nouveau Testament, les textes les plus anciens sont les lettres de Paul, dès l'an 45, ensuite les Evangiles, dès 65.» 2. Si Dieu est bon, pourquoi le mal existe-t-il? «L'idée que Dieu est à la fois bon et tout puissant est récente, rappelle le pasteur Houziaux. Que Dieu soit le créateur du monde à partir de rien, est une idée du IIe ou IIIe siècle. L'idée d'un Dieu bon est encore plus récente. Au Moyen Age, on craignait plutôt sa colère. Dieu était considéré comme un juge, avant le «papa gâteau» qu'il est devenu aujourd'hui. Le développement de ce Dieu à la fois bon et tout puissant entraîne cette question. Les textes, pourtant, précisent que Dieu n'a pas créé le monde à partir de rien, mais à partir d'un tohu-bohu, le terme est hébreu. Dieu a construit le monde à partir d'une terre glaise récalcitrante. Ce tohu-bohu continue de faire des siennes. A l'image du volcan: le feu intérieur de notre planète est comprimé et sous contrôle, mais il se réveille parfois et suscite du désordre à la surface. Le mal peut être considéré comme un tohu-bohu, une rupture de l'équilibre du monde. La méchanceté ou le vice sont aussi des formes de désorganisation.» 3. Serons-nous tous sauvés, même le pire des hommes? «L'idée du salut a évolué, explique le pasteur Houziaux. Des traces de l'enfer et du paradis apparaissent dans le Nouveau Testament. Ces idées humaines et bien compréhensibles correspondent à notre imaginaire. Elles ont rapidement connu un grand succès: il faut faire le bien pour avoir une récompense dans le ciel. Avec l'apparition du Dieu qui ne peut être que gentil dont j'ai parlé, il a fallu réajuster les croyances. Comment expliquer que tout le monde soit sauvé? L'idée actuelle est que Dieu est à la fois jugement et grâce. Jésus est celui qui juge et qui pardonne. «Il reviendra pour juger les vivants et les morts», est-il écrit. Il prend sur lui l'exécution de la sentence qu'il prononce, plutôt que de la faire porter aux autres. Nous sommes à la fois jugés, promis à l'enfer et sauvés. Le salut ne concerne pas seulement l'au-delà, mais aussi notre vie. Chacun peut se reconnaître sauvé à un moment ou un autre. Tout le monde est à la fois perdu et sauvé. C'est le sens de la parabole: l'ivraie et le bon grain sont ensemble, mais à la fin, ce qui est récolté est le bon grain qui est en nous. L'ivraie est brûlée. Il y a quelque chose en nous qui est aimanté par l'aimant, ce qui ne l'est pas est laissé.»
* «Y a-t-il un salut pour les salauds?» Ed. Les empêcheurs de penser en rond, 2007. «Un choix porteur de vie» Pierre Glardon, pasteur, a mis sur pied une initiation au cheminement spirituel. Interview
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