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Dossier
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Catholiques et protestants, sortir de l'impasse |
| 23-08-2007 | |||||
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Les relations interconfessionnelles ont connu des chocs cet été. Des experts nous éclairent sur les enjeux. Et proposent des solutions
Antoine Reymond, conseiller synodal vaudois et spécialiste de la question, répond: «Oui. Nous sommes au pied du mur. Depuis Vatican II, il y a cinquante ans, nous menons des discussions et un dialogue œcuménique. Enormément de choses ont été réalisées sur le terrain. Mais que faisons-nous institutionnellement du résultat de ce dialogue? La situation a du positif. Nous devons passer l'obstacle.» Ces efforts valent la peine, pour deux raisons: «La première, théologique et spirituelle, est de faire, comme Jésus l'a voulu, lorsqu'il a dit: ‹Que tous soient un.› L'autre, parce que, dans un monde éclaté, les Eglises doivent être capables de manifester ce qui est de l'ordre de la communion et de la relation plus que ce qui est de l'ordre de la division.» Invitation à un concileReste à savoir quel est l'objectif du dialogue. «Le but est une communion des Eglises diverses. L'unité, dans un pluralisme. Ce qui unit, c'est la relation au Christ, l'engagement à sa suite. Des éléments séparent, comme la structure des Eglises, épiscopale ou synodale. Mais ce qui sépare ne brise pas la communion. Il faut se mettre d'accord sur les choses qui sont effectivement différentes et qui divisent la communion. Il faut continuer à travailler sur les problèmes réels.» Pour cela, reconnaît Antoine Reymond, il est nécessaire de passer à une nouvelle étape et de changer de stratégie: «Le moment est venu pour les Eglises protestantes d'inviter les autres, en particulier l'Eglise catholique, à un concile, pour débattre ensemble publiquement de l'avenir de l'Eglise. Ce geste fort d'invitation pourrait être lancé à l'occasion de la prochaine rencontre de Sibiu, organisée par la Communion des Eglises protestantes en Europe, qui rassemble luthériens et réformés.»
Un vrai durcissement du Vatican?L'Eglise catholique est «l'unique Eglise de Jésus Christ», selon le récent document du Vatican qui a inquiété les tenants du dialogue œcuménique. Il n'y a en réalité rien de neuf sous le soleil, tente d'expliquer Nicolas Betticher, chancelier du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg: «C'est un résumé de la position déjà présentée en 2000 dans l'encyclique Dominus Iesus.» Rédigée par le cardinal Ratzinger, elle barrait la route à des interprétations jugées trop laxistes du Concile de 1962. «Certains ont cru pouvoir interpréter que Vatican II avait donné une nouvelle définition de l'Eglise catholique, à savoir que l'unique Eglise du Christ pouvait être dans plusieurs Eglises. C'était aller plus loin que le Concile.» Objet du litige: «Pour les catholiques, il y a une seule Eglise du Christ et une foule de chrétiens, commente le chancelier. Pour être Eglise, il faut deux conditions indispensables selon nous: la présence de l'eucharistie et la succession apostolique. Les protestants ont une autre définition de l'Eglise, c'est leur liberté. Selon la nôtre, ils sont des Eglises, mais d'un autre type. Elles n'ont pas la plénitude des moyens de salut présents dans l'Eglise catholique, dont Jésus a posé la première pierre». Les protestants souffriraient même de «déficiences», selon le document. «Ce mot qui sonne négatif en français est dérivé d'un mot latin signifiant ‹ne pas croire›, modère Nicolas Betticher. Il indique qu'il y a des éléments auxquels les protestants ne croient pas, comme l'eucharistie et la succession apostolique. Il y a des divergences sur des questions fondamentales de foi.»
Lorsque le dialogue entre catholiques et protestants se gâte, les couples mixtes sont les premiers touchés. Au point de provoquer des scènes de ménage? «En fait, non, répond Jean-Baptiste Lipp, 48 ans, pasteur à Belmont et Lutry. Il y a d'abord bon nombre de couples mixtes qui ne se sentent pas concernés. Pour ceux qui militent dans le mouvement œcuménique, naturellement, l'impression d'un recul fait mal. Comme le marcheur qui, croyant atteindre le but, s'aperçoit soudain que la vallée s'est creusée, et que le but est plus éloigné que prévu.» Le pasteur, qui a épousé une femme catholique avec laquelle il a eu trois enfants, parle d'expérience. «Nous continuons à jouer notre partie, à vivre notre vie avec nos convictions.» Quel baptême pour les enfants? Quel enseignement religieux pour eux? Les couples interconfessionnels constituent un laboratoire de l'œcuménisme. Ils sont contraints de trouver des solutions. «Une idée fait son chemin: celle de nous considérer comme une Eglise domestique, une Eglise de maison, où l'un est catholique romain, l'autre ne l'est pas. Nous sommes quand même une cellule d'Eglise locale, dont les membres sont de confessions différentes, et qui prend sur soi d'aller d'un côté et de l'autre, librement. Nous ne pouvons plus faire l'économie d'une réflexion de fond sur ce qu'est une Eglise.»
Un problème de définition du mot Eglise?Une vision différente de l'Eglise, voilà le nœud du problème. «Alors que l'Eglise est ‹comme un sacrement› côté catholique, elle n'est qu'un instrument côté protestant, rappelle Pierre Gisel, professeur de théologie protestante à l'Université de Lausanne. Elle n'est pas divine en soi. La question de fond est Dieu, non l'Eglise, et son horizon est le monde.» A partir de là, l'Eglise est plurielle. Il y a un seul Christ et plusieurs institutions, formant toutes ensemble l'Eglise du Christ. Le document romain n'inquiète pas le professeur. «Nous restons dans l'esprit de Vatican II, compris à l'époque comme une ouverture. L'institution romaine estime posséder les pleines qualités d'Eglise, en en reconnaissant aux autres une partie, incomplète. Avant ce Concile, les protestants n'avaient aucune qualité reconnue. Ils étaient hérétiques!» Fait intéressant, le Vatican estime ces qualités entièrement réalisées chez les orthodoxes, «sauf qu'il leur manque de reconnaître le primat de Rome, précise le professeur. Cela montre bien qu'il y a un enjeu de pouvoir. L'objectif est l'unité institutionnelle.» Les protestants devraient donc réintégrer le giron? «Nous pourrions négocier le contrat de rachat, avec un statut de société au sein d'une holding», sourit le professeur, qui propose une autre piste: «La responsabilité est maintenant de notre côté. Les catholiques mettent le doigt sur nos insuffisances, c'est bien! Nous devons faire de même pour eux, en étant moins politiquement corrects. Nous sommes de la même famille, un vrai débat est nécessaire sur ce qu'est le christianisme. Chacun se prévaut d'une plus grande fidélité aux origines, c'est en réalité une relecture qui camoufle les vrais enjeux. L'origine n'est pas un critère de vérité.» La Suisse, un cas à part?Vu de Suisse, le décalage entre le dialogue sur le terrain et celui à la tête des institutions est flagrant. «Nous sommes un pays aux confessions mixtes, explique Christophe Buchi, journaliste, catholique et spécialiste des relations entre groupes culturels. Nous avons dû apprendre au cours de l'histoire, non sans peine, à les faire cohabiter.» Résultat: le catholicisme helvétique est «fortement inspiré de valeurs protestantes», aux yeux du journaliste. «L'Eglise catholique, traditionnellement minoritaire, est plus modeste et moins dominante que dans des pays à tradition forte, comme l'Autriche ou l'Italie. Les catholiques suisses sont majoritairement œcuméniques. La génération de prêtres marqués par Vatican II est encore bien présente. Les laïcs, surtout des femmes, ont pris beaucoup de responsabilités et ne voudront pas revenir en arrière.» Le contexte démocratique joue également un rôle. «Les catholiques suisses y sont habitués, avec des droits historiques privilégiés comme à Bâle ou à Coire. Cela crée des frottements avec l'institution centralisée. Nos évêques doivent souvent arranger les bidons après des déclarations du Vatican en porte-à-faux avec la réalité suisse.» D'autres pays ne connaissent pas autant les besoins de l'œcuménisme. Même si «la Suisse ne pèse malheureusement pas lourd à Rome, elle devrait être considérée comme un laboratoire de l'œcuménisme», suggère Christophe Buchi.
L'œcuménisme n'est pas facultatif, c'est un appel divin, défend Martin Hoegger, pasteur responsable du dialogue interconfessionnel
Martin Hoegger: Si, mais il ne faut pas s'enfermer dans ce sentiment. Tous ceux qui travaillent pour l'unité savent que c'est un chemin caillouteux. Devant les refus qu'il a essuyés, Jésus a connu le découragement. Il l'a surmonté en restant dans l'amour. Pour nous réconcilier les uns avec les autres en Dieu, il a été crucifié. Il faut nous souvenir de la croix, redoubler notre prière et faire le premier pas vers l'autre. Si nous regardons à Jésus crucifié, le découragement se transforme en élan. Le document du Vatican concerne un des domaines les plus difficiles du dialogue œcuménique: la question de la nature de l'Eglise. Cependant, il ne faut pas oublier les autres domaines, où les choses sont peut-être moins complexes... et moins décourageantes. Des petites réunions locales ou de grands rassemblements comme celui de Sibiu en septembre peuvent-ils changer quelque chose? En plus de ce point, les Eglises d'Europe vont discuter de huit autres thèmes à Sibiu: la spiritualité, le témoignage, l'Europe, les migrations, la relation avec les religions, la protection de la création, la paix et la justice. L'œcuménisme, c'est tout cela. Il y a deux ans, plusieurs Eglises de Suisse ont signé la Charte œcuménique européenne, s'engageant à collaborer dans ces domaines. Le Conseil des Eglises chrétiennes dans le canton de Vaud a fait de même. J'encourage les communautés locales à prendre cette charte comme base de réflexion. Toute rencontre a sa valeur. Elle révèle que ce qui nous unit est plus grand que ce qui nous sépare. Comment réagir pour débloquer le dialogue? Notre Eglise protestante vaudoise est en train de réfléchir sur la nature du dialogue œcuménique. Un document sera bientôt publié. Il dit que l'engagement œcuménique n'est pas facultatif, c'est un appel du Christ. Devant les difficultés, nous avons besoin les uns des autres, car l'Eglise est un corps où tous les membres sont interdépendants, comme dit saint Paul. L'œcuménisme est un échange: chaque confession a un don de l'Esprit qu'elle doit partager avec les autres. Les protestants ont le don de se concentrer sur la simplicité: Jésus-Christ et sa Parole. Le don de l'Eglise catholique est d'avoir gardé une communion universelle. L'œcuménisme réalisé, c'est quoi? A chaque fois que nous prions ensemble, le Christ est au milieu de nous. S'il a prié pour l'unité de l'Eglise, elle est d'abord son œuvre. L'œcuménisme est un mouvement de l'Esprit. Nous en faisons l'expérience quand nous sommes ensemble. Notre unité est donc déjà réelle, même si elle n'est pas encore pleinement réalisée sur certains points.
Grand rassemblement
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