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25-05-2011

La dernière édition de la TOB réserve des surprises. Des corrections mettent le texte au goût du jour

tob

La TOB, le plaisir de lire la Bible.

Photo : bn

 
La TOB. Trente-six ans après la première édition de la fameuse Traduction œcuménique de la Bible, une nouvelle édition fait parler d’elle. Ses caractéristiques? De nouvelles cartes, qui permettent de mieux situer les événements racontés, l’apparition de nouveaux livres aussi qui rendent l’ouvrage plus œcuménique. Des corrections enfin.
Aux livres de l’Ancien Testament communs à tous les chrétiens – qui correspondent à la Bible hébraïque – et aux livres dits deutérocanoniques – des livres écrits en grec qui ne figurent pas dans la Bible hébraïque, et qui sont admis par les catholiques et les orthodoxes – la TOB a ajouté six nouveaux livres, qui n’étaient reconnus que par les orthodoxes.
Les corrections, maintenant. Pourquoi retoucher sans cesse un texte qui devrait être arrêté une fois pour toutes? Valérie Duval-Poujol répond. Protestante baptiste qui cumule les mandats, notamment d’enseignante de grec à l’Institut catholique de Paris et de présidente de la commission œcuménique de la Fédération protestante de France, elle a participé à la nouvelle TOB.


«Il y a valerie_duval_poujolplusieurs raisons pour réviser le texte biblique régulièrement. Le texte biblique est vivant! Il respire. Son édition a donc besoin aussi de vivre. Ce sont les originaux qui sont inspirés, originaux que nous avons perdus. Nous n’avons que des copies de copies et des traductions de ces copies. Il est donc légitime régulièrement de dépoussiérer telle traduction, telle édition.» Les découvertes archéologiques et les progrès dans l’interprétation des textes exigent de nouvelles introductions et une révision des notes. «La langue évolue», poursuit Valérie Duval-Poujol, qui s’amuse d’une ancienne traduction d’un passage de Luc: «Et Marie partit en diligence», qui signifiait: «Elle partit rapidement». «Le risque est de se croire au Far-West!»Ainsi dans la nouvelle TOB, la «race d’Abraham» devient la descendance d’Abraham. Les «pasteurs» sont des bergers et le «bon pasteur», le bon berger. Les noms divins s’en trouvent eux-mêmes chamboulés. Dans la nouvelle TOB, vous ne trouverez plus de «Dieu des armées», ni de «Dieu tout-puissant». Dieu est souverain, Dieu de l’univers.

Dieu zélé et plein d’ardeur 

Autre exemple: «Le mot ‹jaloux› en français se comprend surtout comme envieux. Accolé à Dieu, c’était bizarre alors que le terme hébreu a aussi le sens d’exigeant. ‹La jalousie› de Dieu a été traduit par son ‹zèle› quand Dieu prend le parti de son peuple, et par son ‹ardeur› quand il s’en prend à lui.»Un contre-sens a été évité avec le verbe «prophétiser» qui, en français, fait référence au fait d’annoncer l’avenir, de prédire. «Les prophéties dans l’Ancien Testament, pour une grande part, ne concernent pas l’avenir mais des dénonciations d’injustices actuelles, contemporaines. Du coup le verbe prophétiser a été remplacé par «parler en prophète».Même le «Notre Père» est touché: «Que ton nom soit sanctifié» est une traduction littérale mais que signifie ce mot en français aujourd’hui? demande la bibliste. La TOB a choisi d’expliciter et pas seulement de traduire littéralement: «Fais-nous connaître qui tu es».

Autre motif d’apporter des retouches, l’évolution de la société. «Nous lisons le texte avec nos lunettes culturelles, générationnelles même parfois. Du coup les changements dans la société nous permettent de découvrir des aspects des textes bibliques que nous avions ignorés ou de redécouvrir des passages mal interprétés.» Un bel exemple se trouve dans le Cantique des cantiques où, au début, la jeune fille se présente. «Jusque-là dans toutes les traductions nous avions: ‹Je suis noire mais belle›, ‹Je suis noire et pourtant belle›, comme s’il y avait opposition entre beauté et couleur. Il se trouve, après étude à nouveau du passage, qu’il peut en fait aussi être compris ainsi: ‹Noire je suis et belle›. Une juxtaposition et non une opposition.»L’autre grande nouveauté de l’édition 2010 est l’intégration de livres deutérocanoniques orthodoxes, à savoir Esdras 3 et 4, Maccabées 3 et 4, Prière de Manassé et le Psaume 151. Certains de ces textes n’avaient jamais été traduits en français.

  • bn
En lire plus
  • Une Bible: La TOB, édition 2010. En deux versions, à notes intégrales ou à notes essentielles, et en plusieurs présentations. Ed. Cerf-Bibli’O
  • Deux livres: «L’aventure de la TOB, 50 ans de traduction œcuménique de la Bible» raconte les origines et l’aventure spirituelle et intellectuelle de la TOB. Ed. Cerf-Bibli’O

Valérie Duval-Poujol, «10 clés pour comprendre la Bible», Ed. Empreinte temps présent, 2011

  

Juif, le bon sens

 
La traduction du mot grec «Ioudaioi» par «juifs» dans l’évangile de Jean a été entièrement revue sur proposition de l’Amitié judéo-chrétienne, explique Valérie Duval-Poujol. En français, le terme «juif» est susceptible de deux acceptions seulement. 1. Adepte de la religion juive. 2. Descendant de Jacob-Israël. Or le grec présente, outre celles du français, deux autres acceptions: 3. Les Judéens, habitants de la Judée. 4. Les autorités du judaïsme d’alors, en l’occurrence les membres du sacerdoce à Jérusalem.

L’équipe des réviseurs a cherché quelle était l’acception la plus appropriée dans les 68 cas qui faisaient problème dans l’évangile de Jean. Chaque fois, ils ont proposé l’équivalent français le mieux adapté. Par exemple, en Jean 7, 13, lorsque la foule, les auditeurs juifs n’osent pas mettre la main sur Jésus «par peur des Juifs», il s’agit des autorités religieuses juives.

«Cette modification représente un pas important pour dissuader de tout antijudaïsme chrétien», assure Valérie Duval-Poujol, qui rappelle les controverses qui ont opposé les Juifs et les chrétiens, et notamment les accusations de «déicide». «Là la TOB n’est plus seulement œcuménique, elle devient un pas vers le dialogue, peut-être comme l’ont dit certains, un gage de paix religieuse.»

  • bn