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Cinéma
Sous la main de l'autre Version imprimable Suggérer par mail
25-05-2011

Le réalisateur Vincent Detours a filmé des séances de psychothérapie pour migrants à Lausanne. Saisissant

francoise_sironi

Françoise Sironi, au chevet des victimes de la torture.

Photo : moa distribution

 
port_vincent_detoursVous n’aimez que les comédies romantiques? «Sous la main de l’autre» n’est pas un film pour vous. Avec ce documentaire, nous sommes témoins des ravages que la torture cause sur le psychisme de ceux qui l’ont subie. «Ce qui m’a le plus frappé durant les années qu’a duré la réalisation du film? Le degré d’implication des psys et des interprètes dans la psychothérapie, leur capacité d’écoute et d’empathie devant des histoires difficiles à entendre, répond le réalisateur belge Vincent Detours. Et aussi le courage des victimes, malmenées, mais qui trouvent l’énergie de remonter à la surface un passé qu’elles aimeraient oublier, pour aller plus loin.»

Les témoignages sont entrecoupés de séquences du récent procès de Duch, responsable du camp S21 des Khmers rouges – un lieu dans lequel des milliers de personnes ont été torturées et tuées. Le film suit en particulier son expertise psychologique, présentée par Françoise Sironi, spécialiste de cette problématique et partenaire d’Appartenances. «C’était une manière d’exposer la psychologie des bourreaux au milieu des problèmes psychologiques de victimes», note le réalisateur. Qui sont les bourreaux? Des personnes qui faisaient leur travail et qui étaient formées. Duch n’est pas fou, il est formé et a formé des gens pour faire cela. «Ce grand criminel amène un recul historique, il permet de placer les histoires individuelles que nous suivons dans le contexte de l’Histoire.»

Car les bourreaux sont parfois aussi des victimes. C’était le cas au Cambodge où le maître adulé de Duch a fini par se retrouver dans le camp qu’il avait lui-même mis en place.«Le but de la torture n’est pas de faire parler les gens mais de leur faire peur, de provoquer un traumatisme chez la personne pour qu’elle propage cette peur, observe le réalisateur. Cette peur resurgit longtemps après. Les sévices font alors partie de la personnalité.»Les victimes ne trouvent souvent personne avec qui partager cette expérience indicible. Les psychologues s’efforcent de remettre des mots et un sens sur leur difficile passé, aident à mieux comprendre les persécuteurs et la machine politique qui les a fabriqués. «Ce ne sont pas des pervers isolés, note le cinéaste. On ne peut pas réduire les problèmes des victimes à des problèmes internes des patients. Un traumatisme de nature politique est entré de force dans leur psyché.»

Besoin de justice 

D’où peut venir le salut pour ces personnes abusées? «Elles ont besoin de reconnaissance, de justice. Que les crimes soient reconnus. La justice internationale a un rôle important à jouer. Si elle agit, la haine envers le bourreau est une étape qui peut être dépassée», répond Vincent Detours.Les psychologues sont actifs lors des séances, pleins de bon sens et de compétences pour remettre leurs patients sur pied. L’association Appartenances, qui a accueilli les documentaristes porte bien son nom – au pluriel – puisque la superviseuse Françoise Sironi considère que le grand danger du totalitarisme est, pour l’individu, d’être réduit à une seule appartenance, de surcroît dans un régime paranoïaque.

«Nous avons voulu montrer ce que la torture fait vraiment. 99% des gens torturés n’ont aucune information à livrer. C’est un système de terreur pour dominer les gens.» Arrivés en Suisse d’Irak, d’Afrique ou d’ailleurs, des victimes ont trouvé à qui parler. Elles témoignent aussi de la possibilité d’une guérison. «C’est un film optimiste, assure Vincent Detours. La psychothérapie sert à ce que les gens aient moins de cauchemars et se sentent mieux. C’est une aide pour les pacifier et casser le cycle de la violence.»On le voit lorsque ce père bosniaque apprend que son fils de 11 ans est amoureux de Nathalie. Il a la rage, car elle est serbe. Peut-être de la famille de ses persécuteurs haïs. Mais il vit dans la Suisse paisible, et bientôt, devant la psychologue, il ne peut plus que rire de bonheur et de fierté. Alors, même si vous n’aimez que les comédies romantiques, cela vous changera, sûr…

  • V.Vt

 

En savoir plus

  • Un film: De Vincent Detours et Dominique Henry, «Sous la main de l’autre». Voir le programme sur le site www.detourshenry.eu
  • Une association: Appartenances, rue des Terreaux 10, Lausanne,
021 341 12 50
  • Un livre: Françoise Sironi, «Bourreaux et victimes», Odile Jacob