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Edito
Ah Dieu! que la guerre est juste Version imprimable Suggérer par mail
29-04-2011

La guerre change de visage.

michel_grandjeanOn se battait jadis pour défendre un honneur ou un territoire. On s’est battu au siècle dernier pour le triomphe ou l’anéantissement d’une idéologie, comme le nazisme ou le communisme. On se bat désormais pour des raisons morales: la guerre d’Irak de 2003 visait à remplacer par un président démocratique un dictateur aux poches bourrées d’armes de destruction massive; les Etats-Unis ont pris l’Afghanistan pour en extirper Ben Laden; les opérations menées en Libye ou en Côte d’Ivoire se présentent comme autant d’ingérences légitimes, car motivées par des raisons humanitaires.

Depuis qu’Aristote l’a forgé il y a vingt-cinq siècles, le concept de guerre juste n’a pas perdu de son actualité. Les théologiens eux-mêmes ont christianisé l’idée, à commencer par Augustin au Ve siècle ou Thomas d’Aquin au XIIIe. Quant à Luther, il estimait que le soldat peut fort bien tuer car, dès lors qu’il obéit aux ordres, ce n’est pas sa main qui égorge mais celle de Dieu. Et Calvin écrivait que la guerre qui recherche la paix n’est pas condamnable en tant que telle. Et si toutes ces tentatives de justifier théologiquement la guerre n’étaient pas une perversion de l’Evangile? La voix de Jacques Ellul vaut d’être écoutée. La guerre, écrivait-il il y a vingt ans, est parfois inévitable du point de vue politique. Cela ne veut pas dire qu’elle soit juste, ni qu’elle puisse recevoir la caution de l’Eglise. «La guerre est toujours de l’ordre du mal. Elle est une expression du péché de l’homme.»

Que la guerre soit parfois un moindre mal est une chose, qu’on se hasarde à la justifier théologiquement, c’est-à-dire du point de vue de Dieu, en est une autre. N’attendons pas des Eglises qu’elles badigeonnent des entreprises militaires d’un vernis religieusement correct. Si l’on en croit l’Evangile, aucune violence humaine n’a jamais été, ni ne sera jamais, une violence juste.

  • Michel Grandjean, professeur d’histoire du christianisme 
à l’Université
 de Genève