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Margot Kässmann: «Pas plus bas que dans la main de Dieu» Version imprimable Suggérer par mail
22-02-2012

Margot Kässmann, la protestante la plus connue d’Allemagne, parle de sa vie, de ses valeurs et de la vie à 50 ans 

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Margot Kässmann à Berlin: «L’homme peut échouer, mais Dieu lui permet de nouveaux commencements.»

Thomas Peter / Reuters 

 
Avez-vous compris pourquoi votre livre «Au milieu de la vie» a eu un tel écho à sa sortie en Allemagne?

Margot Kässmann: Ce succès m'a surprise. Après le français, le livre va être traduit en coréen. Beaucoup de personnes qui arrivent à la cinquantaine se posent les mêmes questions: «Ma vie arrive à un tournant, comment est-ce que je veux parcourir cette deuxième partie de mon existence?» «Quel est mon rapport à l'âge, à la maladie, à la mort, en un mot à la finitude?» Les cinquantenaires connaissent les mêmes événements: les enfants ont grandi, les parents sont vieux, le mariage connaît des tensions. Je suggère des pistes pour appréhender ces événements en s'appuyant sur une perspective chrétienne.

On est loin de la haute voltige théologique…
Ce qui m'intéresse, c'est de lier la théologie à la vie. La Bible parle aussi de la vie des gens, de ce que la foi signifie dans leur vie. Une théologie qui n'a rien à voir avec le monde de tous les jours est trop abstraite pour moi. La pensée théologique ne doit pas rester cantonnée dans sa tour d'ivoire académique, elle est pertinente pour aborder les questions sociales.

Ne regrettez-vous pas d'avoir démissionné – après un incident d'ivresse au volant – de la tête de l'Eglise évangélique allemande (EKD) et d'avoir quitté votre charge d'évêque?
C’était la bonne décision à prendre, même si c'était douloureux. J'ai travaillé comme évêque pendant onze ans. J'y ai mis tout mon cœur et toute mon âme. Certes, une erreur comme celle que j'ai commise peut être pardonnée, même chez les protestants. Mais elle aurait toujours été un fardeau, aussi pour mon Eglise. Vous-même revenez sur cette affaire deux ans après. Si j'étais restée en poste, toutes mes prises de position publiques auraient été reliées à ces événements.

Avez-vous aussi voulu vous poser en exemple pour les classes dirigeantes?
La vision chrétienne de l'homme le dit: l'homme est imparfait, il peut échouer, mais Dieu lui permet de nouveaux commencements. Néanmoins, tout le monde doit prendre la responsabilité de ses actions.

Atteinte d’un cancer du sein, vous en avez témoigné publiquement et avez été élue «Femme de l'année» par un journal TV. Vous sentez-vous la mission de témoigner?
Je me sens la tâche de montrer clairement que la foi chrétienne est fondamentalement ancrée dans notre époque et qu'elle nous permet de donner un éclairage aux événements que nous vivons. Personne ne doit avoir honte d'un cancer. La question qui se pose est de savoir comment nous pouvons y faire face. Beaucoup de gens m'ont écrit que la phrase «Vous ne pouvez pas tomber plus bas que dans la main de Dieu» que j'ai citée dans mon livre leur a donné beaucoup de force dans des situations du même genre.

C’est une belle phrase. L'avez-vous expérimentée?
Pour moi, la foi en Dieu a été importante dès l'enfance. Elle l'est toujours à l'âge adulte. Ma famille est venue de Poméranie, aujourd'hui une région située en Pologne. Ma grand-mère s'est installée à l'Ouest après la guerre. Elle a dû tout laisser derrière elle, son mari a été déplacé, mais elle était malgré tout une femme heureuse quand elle chantait dans sa cuisine des chants religieux. Les paroles de ces chansons se sont gravées en moi.

Le monde politique allemand n'a guère apprécié vos critiques contre une intervention impliquant des soldats allemands en Afghanistan…
La critique de la mission en Afghanistan a provoqué de fortes réactions, simplement parce qu'elle touche un point sensible. C'est la première fois depuis 1945 que des soldats allemands étaient à nouveau impliqués dans un conflit. Si un sermon peut déclencher un débat aussi important et nécessaire, je pense que c'est une bonne chose.

Vos déboires ont-ils permis de rapprocher l'Eglise luthérienne des gens?
J'ai été nommée évêque à l'âge de 41 ans. J'ai été la deuxième femme à occuper ce poste, la première femme mariée, mère, puis divorcée. Cela a touché beaucoup de gens, qui ont suivi mon chemin et qui s'y sont un peu reconnus. J'ai essayé de lier la foi au quotidien dans mes prédications et de montrer que l'amour de la vie et la joie ne sont pas contradictoires avec la vie d'un homme ou d'une femme chrétienne.

Vos valeurs les plus importantes sont celles de Paul: la foi, l'espérance et l'amour?
A notre époque où les valeurs comme l'affirmation de soi et le cours des actions dominent le jeu, le programme proposé par Paul et le christianisme est un programme alternatif intéressant. Je remarque que les gens aspirent à d'autres modes de vie qui ne sont pas imprégnés par les valeurs du marché et de l'égocentrisme.

Vous êtes l'ambassadrice pour les festivités Luther en 2017. Quel est le message central de Luther?
La justification et la liberté! La justification par la foi signifie que rien de ce que je fais ne donne son sens à ma vie, mais que c'est Dieu qui me promet ce sens. Il s'agit d'un message révolutionnaire dans une société basée sur la performance. Que j'aie un emploi ou non, que je sois malade ou en bonne santé, tout cela ne rend pas ma vie plus ou moins précieuse. La liberté signifie que je peux juger des questions touchant à la conscience et à la foi elle-même, je n'ai pas à être soumise aux diktats de la sagesse conventionnelle, ou à quelque dogme que ce soit. L'attitude de Luther devant la Diète de Worms illustre ce propos: «Je suis ici, je ne peux pas faire autrement. Que Dieu m'aide. Amen.»

Quel est le lien entre Luther et les réformés?
Malheureusement, il n'y a pas eu d'accord entre Luther et Zwingli lors du Colloque de Marburg en 1529 sur la nature de la cène. Le clivage entre luthériens et réformés a toutefois été surmonté depuis 1973 grâce à la Concorde de Leuenberg. Depuis lors, luthériens et réformés se reconnaissent en Europe et peuvent célébrer la cène ensemble.

Que peut-on vous souhaiter?
Peut-être encore une fois un vœu que Paul nous a transmis: «Soyez joyeux dans l'espérance, patients dans les difficultés, persévérants dans la prière.»

Biographie express

Margot Kässmann, 53 ans

  • Une carrière: Evêque de l’Eglise luthérienne allemande pendant dix ans jusqu’en 2010. A la tête de l'Eglise évangélique allemande pendant plus d'un an. Auteure d'une trentaine d'ouvrages.
  • Une famille: Mère de quatre enfants, aujourd’hui adultes.
  • Un livre: Margot Kässmann, «Au milieu de la vie. Quel avenir après cinquante ans?», Ed. Labor et Fides.