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Ils seront cinq, deux femmes et trois hommes, à recevoir la consécration
pastorale ou diaconale samedi 5 novembre à 10h à la cathédrale de
Lausanne.
Autant de vocations, autant de parcours étonnants. Portraits
«Mes prédications à cheval»
«
Je ne m’étais pas du tout orientée vers le pastorat au départ», se souvient Aude Collaud, 29 ans. Née au Sri Lanka, la jeune pasteur de Vufflens-la-Ville a grandi en terre neuchâteloise. «Ma maturité scientifique en poche, j’ai commencé la formation d’ostéopathe, mais je me suis vite rendu compte que le contact et le dialogue avec les gens me plaisaient plus que les manipulations physiques. J’étais sensible à tout ce que nous pouvons faire à l’aide de l’écoute.»
Un jour, une pasteur dit à Aude, qui aime s’impliquer dans la paroisse de son village, que le métier pastoral lui irait comme un gant. Coïncidence, le père pasteur d’un ami lui exprime le même avis peu après. «J’ai alors commencé des études de théologie, sachant qu’elles offraient plusieurs débouchés. J’ai fait des stages sur le terrain au cours de mon cursus et là j’ai réalisé combien ce métier me plaisait. Je me suis très vite sentie à ma place dans cette voie.»
Aujourd’hui, Aude Collaud est mariée avec… un futur pasteur. «Nous avons beaucoup de plaisir à partager notre foi», sourit-elle. D’ailleurs, elle attend avec impatience un heureux événement pour la fin de l’année, la naissance de leur enfant.
Sa vision pour l’Eglise? «J’ai envie de réunir les gens. Je n’aime pas les clivages entre les âges, les groupes et les lieux.» Si les cultes du dimanche matin réunissent souvent les retraités, tandis que les autres âges ont leurs propres activités, «l’Evangile se partage de manière encore plus riche dans un groupe hétéroclite», défend-elle. Ensemble, les jeunes réalisent ce que les aînés leur apportent, et réciproquement. Elle aime les activités atypiques, comme ce culte en plein air, suivi de grillades organisées par les plus jeunes. «Tout le monde a voulu rester, se souvient-elle. Les plus âgés qui ne l’avaient pas prévu sont vite passés chez eux chercher quelque chose à griller. C’était formidable.»
A l’aube de son ministère, la jeune femme voit l’Eglise offrir «quelque chose de stable» à la société. «Même si elle s’adapte au monde actuel, elle existe depuis 2000 ans. C’est un patrimoine reconnu. Je suis surprise à quel point les gens que nous croyons distants de l’Eglise m’expriment leur reconnaissance qu’elle existe.»
Le piano et l’équitation – sauf pendant sa grossesse bien sûr – sont ce qui aide Aude Collaud à se ressourcer. L’idéal, une chevauchée quotidienne. «Ce moment seule permet de poser les choses et de se régénérer. Là des idées et des solutions que je ne trouve pas dans mon bureau me viennent à l’esprit. C’est comme si j’écris mes prédications à cheval», rit-elle.
«Le soin des autres»
Laurent Lasserre, 26 ans, marié depuis un an, a choisi cette voie après «avoir vu des pasteurs s’épanouir dans leur métier». Ses parents sont tous deux de la profession, mais il est le seul de ses trois frères et sœurs à avoir choisi la même. «Enfant, j’ai pu m’essayer à toutes sortes d’activités de paroisse. J’ai vu le plaisir que je pouvais offrir aux gens. Je me suis senti très jeune appelé à prendre soin des autres», explique-t-il.
Au cœur de l’Evangile, il y a «aime ton prochain comme toi-même, apprécie-t-il. J’ai envie de proclamer que chacun a de la valeur et a quelque chose à apporter à autrui. Tout le monde mérite cette reconnaissance, la société l’oublie souvent.» Cette attention, Laurent Lasserre veut l’offrir aussi aux jeunes. Il apprécie tant travailler avec eux qu’il rêve de devenir aumônier de jeunesse. «A Vallorbe, j’organise des cultes où les jeunes prennent vraiment leur place. Ce sont eux qui font la prédication et la liturgie. Ils peuvent ainsi s’approprier réellement ce qui se passe dans une célébration. Je trouve passionnant cette expérience avec eux. Les paroissiens sont enchantés et reconnaissants. Avec ce retour, les jeunes sont super-motivés!» C’est d’ailleurs le rôle principal de l’Eglise, à ses yeux, que de chercher la manière de transmettre cette spiritualité.
Si sa robe est noire, le futur consacré a les pouces verts dans ses loisirs. «En jardinant, il faut de l’humilité et de la patience. Quand je travaille avec les mains, je me change les idées», confie-t-il. Il aime aussi se déplacer à vélo, «le moyen de locomotion qui me laisse accessible en croisant les gens». Il se rend alors peut-être à un autre de ses hobbies, les pompiers volontaires. Ce qu’il y trouve: «Une manière de rencontrer d’autres personnes qui vivent de solidarité et s’engagent pour servir la population, dans une bonne ambiance.»
«Ma joie chaque matin»
D’abord horticultrice, puis mère au foyer avec quatre enfants. Ensuite postière distributrice de courrier. «Mon parcours m’a fait découvrir le monde ouvrier, avec ses satisfactions et ses combats, témoigne Francine Lämmler de Payerne. Ce que je suis, je le dois à ces personnes qui m’ont encouragée.» Leurs attentes envers l’Eglise, la diacre promet de ne pas les oublier.
Un sacré chemin, car Francine Lämmler ne pensait pas d’abord travailler pour l’Eglise, même si elle admet en riant «être tombée dans le chaudron petite, comme Obélix»: son père, le politicien Jean-Pierre Berger, était membre du Conseil synodal vaudois.
«Nous ne choisissons pas toujours où nous voulons aller, c’est bien!» rigole la Payernoise. Un jour où un pasteur et un conseiller synodal l’encouragent à suivre la formation de diacre, elle saute de joie. «Je me sentais une petite horticultrice, incapable de faire ce travail. Je cultivais des fleurs et n’avais jamais touché un ordinateur. Voilà l’humour de Dieu. Aujourd’hui, c’est mon bonheur de me lever chaque matin pour travailler pour le Seigneur.»
Son parcours répond aux convictions qu’elle prêche. «Nous avons tous une place, souligne-t-elle. Dieu nous aime comme ses enfants en devenir. Lui qui nous connaît si bien veut nous donner un bel avenir. Où que nous soyons, nous sommes porteurs d’une parole et d’une espérance. L’Evangile se vit à travers nos mains. Il s’agit de se mettre à son écoute.» Ce credo, la diacre le dit aux ados qui traversent une période difficile, comme aux personnes âgées qui ne se sentent plus utiles.
Francine Lämmler trouve aussi sa joie auprès de ses enfants. «Je suis une maman reconnaissante et comblée. C’est riche d’essayer de comprendre ce qu’ils vivent. Ils me relient à cette génération qui nous suit et qui a beaucoup à nous apprendre. D’ailleurs dans l’Eglise, j’aime organiser des camps d’enfants, mais si je pouvais avoir dix fois plus de temps pour cette tranche d’âge, ce serait magnifique!»
«Ma conviction, mon appel»
La musique donne de la couleur à sa vie et à son métier. Dimitri Juvet a été guitariste dans un groupe de pop-rock chrétien. Aujourd’hui, à 27 ans, le pasteur de Granges et environ est marié à Florine, professeur d’accordéon. «La musique m’aide dans mon ministère. Avec ma femme, nous avons créé un groupe musical avec des catéchumènes. C’est un autre moyen de transmettre la foi que la prédication», se réjouit le futur pasteur consacré.
S’il aime travailler avec les jeunes, c’est qu’ils sont «l’Eglise d’aujourd’hui, pas seulement de demain, défend-il. L’Eglise, c’est toutes les générations ensemble, mais il y a un trou avec les 16-30 ans. Je veux imaginer, à leur écoute, des activités qui répondent à leurs besoins.»
Dimitri Juvet ne s’occupe pas que des jeunes. Ce qu’il veut transmettre à tous, c’est une prise de conscience. «Nous avons la possibilité de vivre au quotidien avec Dieu. Cette dimension supplémentaire à notre vie, nous pouvons la reconnaître et la choisir.» Surtout, avec l’aide de la communauté: «Vivre les uns avec les autres, partager, prendre soin les uns des autres, sont à l’opposé de l’individualisme de la société, mais c’est ce que l’Eglise peut apporter aujourd’hui. Ma propre foi s’est construite ainsi», témoigne-t-il.
Choisir ce métier, Dimitri Juvet le voulait d’abord enfant, en regardant son père pasteur animer les camps auxquels il participait. «Mais à l’âge du gymnase, je n’ai plus eu envie du tout. Je voulais faire de la linguistique ou de l’informatique pour créer des jeux vidéo», raconte le jeune pasteur passionné de l’œuvre de Tolkien. Il fait alors une pause dans ses études. «Pendant ce temps, aux JP, je prenais naturellement une position plus pastorale. Mes amis l’ont remarqué et moi aussi, se souvient-il. Là j’ai choisi de devenir pasteur, cette fois non pour faire ‹comme papa›, mais selon ma propre conviction, mon appel.»
«Un retour aux sources»
Bernard Gobalet, 45 ans, a gardé un bon souvenir du pasteur de sa jeunesse. Et il n’est pas le seul. «Nous sommes trois de la volée de jeunes de l’époque à être devenus ministres de l’Eglise réformée vaudoise.» Son choix de s’engager, Bernard l’a donc fait à 16 ans. «Ce n’est pas une vocation tardive, mais plutôt tardante, explique-t-il en souriant. Tous les dix ans, j’ai franchi une nouvelle étape dans ce sens.» Mais les aléas d’une vie professionnelle très prenante, dans l’informatique et la gestion, ont vu les années défiler. Sans parler de la vie familiale, avec sa femme et ses deux filles de 20 et 17 ans.
Aujourd’hui diacre dans deux paroisses du Nord vaudois et de la Broye, Bernard Gobalet a achevé ce «retour aux sources». «L’amour de Dieu et du prochain sont les deux commandements les plus importants. Se mettre au service de tous, rejoindre les gens sur le terrain et dans leurs préoccupations, voilà ce qui compte pour moi. La cure ne doit pas être une tour d’ivoire mais au cœur du monde.»
Le diacre observe que les gens ont des demandes spirituelles auxquelles les Eglises ne savent pas toujours répondre. «Peut-être cela tient-il à un certain embourgeoisement. Il faut revenir à une écoute de la société. Le monde de l’argent domine comme jamais, avec de terribles déséquilibres. Je vois des travailleurs pauvres, des cadres riches qui font des dépressions, ceux qui n’ont pas de travail, ceux qui en ont trop et les abandonnés du système.»
Bernard Gobalet est convaincu que le protestantisme «religion de la liberté» contient les réponses aux questions que les gens se posent et à leurs problèmes existentiels, en particulier les jeunes. Cela même si les Eglises «ont abandonné le terrain et ne savent plus trop comment le dire». Ne vous attendez pas à ce que le diacre vous apporte des réponses sans tambour ni trompette: il ajoute à ses fortes convictions une pratique régulière de la musique de cuivre, dans deux fanfares et un orchestre.
Le culte de consécration
Le culte synodal de consécration sera célébré samedi 5 novembre à 10h à la cathédrale de Lausanne. Lors de ce temps fort de la vie de l’Eglise réformée vaudoise, deux diacres, au bénéfice d’une importante expérience professionnelle dans d’autres domaines, et trois pasteurs, qui viennent de terminer leur formation, seront consacrés. Deux femmes et trois hommes rejoindront ainsi le corps ministériel vaudois. Pour inscrire l’événement dans l’année Viret, la disposition intérieure de la cathédrale sera celle du temps de la Réforme, centrée vers la chaire d’où sera proclamée la Parole. L’assemblée, soutenue par un chœur constitué de membres du Synode, chantera plusieurs «Psaumes de Lausanne» selon le texte original de Théodore de Bèze et la mélodie de 1565. La pasteure Line Dépraz et le diacre Guy Bezençon souhaitent emmener l’assemblée dans une célébration sereine et vive. Un quatuor de cuivres et l’organiste titulaire de la cathédrale apporteront leur contribution musicale à ce culte ouvert à toutes celles et ceux qui souhaitent y participer.
Deux formations
- Pour devenir pasteur: Master universitaire en théologie en cinq ans (par
exemple www.unil.ch/ftsr ). Puis un an de stage pratique salarié en
paroisse. Puis deux ans comme pasteur suffragant, durant lesquels le
candidat fait sa demande de consécration.
- Pour devenir diacre: Prérequis exigé, une formation professionnelle
complète, minimum CFC. Puis une formation théologique de base, reconnue,
par exemple le Séminaire de culture théologique, suivi en deux ans à
côté de son emploi (www.cedresformation.ch ). Ensuite deux ans de
formation diaconale à côté de son emploi, dispensée par les Eglises
réformées romandes. Enfin un an de stage pratique salarié dans l’Eglise
et deux ans comme diacre suffragant, durant lesquels le candidat fait sa
demande de consécration.
- Renseignements: Pierre Glardon, responsable cantonal de la formation,
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