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Vie des gens
«Une offre spirituelle pour revitaliser l'Eglise» Version imprimable Suggérer par mail
27-10-2011

Dans un livre à paraître, deux théologiens confirmés montrent comment revivifier l’Eglise réformée. Mode d’emploi

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«Un pluralisme exagéré débouche sur un déficit d’identité.»

Photo : bn


Pierre Glardon est pasteur et responsable de la formation au ministère de l’Eglise réformée vaudoise. Il s’est associé à Eric Fuchs, théologien genevois réputé, pour chercher des solutions à la crise des Eglises réformées.

Il règne un certain pessimisme chez les réformés. Cette Eglise serait en crise, vouée à un avenir sombre… Est-ce aussi votre constat?
Pierre Glardon: Complètement. Nous partageons l’avis d’autres sur ce point et l’avons vérifié par des études complémentaires. Lausanne a perdu la moitié de ses réformés en moins de trente ans. Si nous ne réagissons pas, le mouvement va s’accélérer. Nous pensons cependant que les Eglises romandes ont la possibilité et les ressources pour dépasser cette crise. Notre livre n’est pas pessimiste, il se veut lucide et empreint d’espérance. Parmi les questions vitales auxquelles l’Eglise réformée doit faire face, j’en retiens trois: l’organisation de l’Eglise et la formation de ses ministres; l’offre spirituelle de notre Eglise et une éthique spécifique*.

Y a-t-il un problème d’organisation dans l’Eglise?
Nous quittons un siècle et un millénaire dans lesquels l’Eglise était un marqueur identitaire fort de la personne, avec la politique et l’armée. L’homme était citoyen, soldat et chrétien. Depuis trente ans, une disjonction générale s’est produite. La foi n’est plus un élément qui définit l’identité des gens. Cette mutation-là, l’Eglise a beaucoup de peine à la faire.

Comment l’Eglise doit-elle réagir?
Premièrement, l’Eglise doit reconsidérer sa manière de susciter la fraternité. Auparavant, il existait une fraternité de village. Aujourd’hui, la fraternité de la communauté chrétienne ne va plus de soi. Nous devons trouver comment la faire vivre. Deuxièmement, nous devons revoir notre conception du multitudinisme. Un pluralisme exagéré débouche sur un déficit d’identité. Notre religion n’est clairement pas la seule. Dans les débats de société, que ce soit sur le divorce, l’euthanasie, l’homoparentalité, chaque réformé a son avis. C’est admirable sur le plan de la tolérance, mais dommageable pour notre identité. Nous devons nous libérer de nos incohérences. Aujourd’hui, les gens considèrent que les protestants sont cool, ils sont d’accord avec tout. Mais nous ne pouvons pas dire une chose et son contraire. Si nous n’avons aucun consensus sur rien, nous perdons en identité.

Vous insistez aussi sur la formation des pasteurs et des diacres…
Oui, nous sommes encore dans un modèle ancien où ce qui compte est ce qu’il faut croire, de manière abstraite. La formation touche peu le thème de ce qu’il convient de vivre, concrètement. Nos modèles d’enseignement sont peu axés sur la construction d’une communauté croyante. Un seul exemple: il faut croire à l’amour, mais cela n’empêche pas les gens de se montrer très agressifs dans le cadre de l’Eglise. Nous devons faire descendre la foi qui est la nôtre dans nos cœurs, de façon plus profonde.

Cela mène à une autre question vitale, l’offre spirituelle des réformés. Faut-il la renforcer?
Nous devons redévelopper une spiritualité orientée vers une pratique de vie. Une pratique qui touche le quotidien, pas seulement le fait d’aller au culte ou non. Toutes les spiritualités proposent des exercices spirituels. Le lieu de l’exercice évangélique, celui que propose Jésus, est la relation. L’exercice consiste en la pratique de l’amour dans chaque relation. Cela n’est pas que théorique et individuel. Cela débouche sur des expériences à partager avec d’autres. La pratique de l’amour, dites-vous… Elle peut se décliner dans le non-jugement, dans notre manière d’accueillir les enfants à leur retour de l’école, dans le respect des autres et de soi-même. Un tel enseignement n’est pas que biblique, il suppose aussi un accompagnement spirituel. A la compréhension intellectuelle des textes doit s’ajouter un travail de maturation spirituelle. Nos pasteurs et diacres doivent être formés pour être capables d’accompagner les gens dans cette démarche.

Une démarche difficile et exigeante, non?
Dans cette pratique, les enseignements de Jésus sont considérés comme des consignes à respecter à la lettre. Nous exerçons le non-jugement de soi et des autres, la prière pour l’ennemi, le travail en vue de diminuer le souci… Comme réformés, nous sommes appelés à être des témoins de l’Evangile. Nous sommes invités à une cohérence entre ce que nous croyons et ce que nous développons dans nos actes.

  • V.Vt

En savoir plus

  • Un livre: Pierre Glardon, Eric Fuchs, «Turbulences. Les Réformés en crise», Ed. Ouverture, Le Mont-sur-Lausanne. A paraître en novembre.
  • Un grand débat: Les deux auteurs et plusieurs autres intervenants débattront sur le thème «Changer l’Eglise, d’accord, mais comment?» jeudi 17 novembre à 20h15 à l’église Saint-Laurent à Lausanne. Animation: Laurent Bonnard.