|
Le Synode de l'Eglise évangélique réformée du
canton de Vaud (EERV) a largement accepté le principe d'un rite pour les couples
de même sexe, lors de sa session des 2 et 3 novembre à Saint-Sulpice. Le
Conseil synodal est maintenant chargé de proposer un choix de diverses formes
rituelles avant la fin de la législature en 2014.
 |
Le parlement de l'Eglise réformée vaudoise est parvenu à un accord pour les couples homosexuels.
Photo : Gérard Jaton
|
Un pas important a été
franchi par le parlement de l'Eglise réformée vaudoise. Après un débat long, nourri
et constructif, le Synode de l'EERV a très largement voté en faveur d'un rite
pour les couples de même sexe au bénéfice d'un partenariat enregistré (59 voix pour,
9 contre et 7 abstentions).
Le Synode n'a toutefois pas
voulu trancher à la hâte sur la forme que devra prendre ce rite. Dans un esprit
de sagesse, il a confié au Conseil synodal, l'exécutif, la responsabilité de
lui soumettre, avant 2014, un choix de diverses formes possibles de rite.
Au cours des débats, plusieurs
voix ont confié à quel point les deux jours de discussion ont permis aux avis
de chacun d'évoluer. En s'offrant du temps pour étudier sérieusement plusieurs
formes rituelles, le Synode a voulu donner la chance à sa base, soit le plus
grand nombre de protestants, de faire également ce chemin. Le Conseil synodal
s'en donnera les moyens.
Interview de Line
Dépraz, conseillière synodale
«Le principe d'un
rite pour les couples partenariés
est acquis»
Line Dépraz,
conseillère synodale, explique la décision prise par le parlement de l'Eglise
réformée vaudoise d'accepter le principe d'un rite pour les couples de même
sexe.
Le Synode vient d'accepter le principe d'un rite pour
couples partenariés. Ce projet répondait-il à une réelle demande?
Line Dépraz: La proposition du Conseil
synodal visait d'abord à reprendre une question non traitée par le Synode en
2008. Notre parlement avait alors réaffirmé que nous sommes une Eglise ouverte
à toute personne croyante. L'orientation sexuelle n'entre pas en ligne de
compte pour y être accueilli ou non. Dans la foulée, il avait estimé que
l'orientation sexuelle n'était pas non plus un critère définissant l'accès ou
non aux fonctions de pasteur et de diacre. Restait à déterminer si un acte
liturgique spécifique pour les couples de même sexe pouvait être envisagé, et de
quelle manière. Oui, des demandes existent aujourd'hui. Elles sont peu
nombreuses mais révèlent un réel besoin et une attente authentique pour
certains couples partenariés.
Votre Eglise est apparue divisée sur la question de
la bénediction...
La question a
effectivement provoqué des remous. Il m'importe de rappeler que, dans notre
Eglise, il n'y a pas de prétention à une Vérité unique, immuable et
indiscutable. Evangéliquement parlant, la vérité prend la forme d'une personne,
Jésus-Christ, avec laquelle nous entrons en relation. De plus, notre Eglise
fonctionne avec une structure démocratique dans laquelle chacun peut exprimer
son avis. Dès lors le dialogue - voire la dispute - fait partie de notre
tradition. Dans ces deux jours, le Synode de l'EERV a montré sa capacité
d'avancer en dépassant les crispations. La résolution votée montre que l'acte
de bénédiction était la pierre d'achoppement, mais que le principe d'un rite
pour les couples partenariés est largement acquis (59 voix pour, 9 contre et 7
abstentions).
La majorité des autres Eglises - catholique, orthodoxes
et évangéliques - sont opposées à la reconnaissance de couples homosexuels.
Craignez-vous des conséquences pour le dialogue œcuménique?
Il ne faut pas
confondre dialogue œcuménique et pensée unique. Je n'ai aucune crainte à ce
sujet. Je crois que les Eglises réformées, comme celles de Berne-Jura-Soleure
et de Fribourg, qui pratiquent des bénédictions de couples partenariés peuvent confirmer
cette impression. Nous ne reconnaissons pas l'infaillibilité pontificale, nous
n'exigeons pas le célibat des prêtres, nous avons ouvert le pastorat aux
femmes... et nous partageons, avec l'Eglise catholique dans le canton de Vaud,
des missions communes au service de tous qui ont pour but de favoriser la
cohésion sociale.
Certains vous ont reproché de vouloir vous adapter
à la société pour gagner des fidèles. Est-ce le cas?
Non. Notre
démarche s'inscrit dans la fidélité au message de l'Evangile. Pour être vivant
aujourd'hui, il exige constamment une interprétation renouvelée qui permette un
langage et des rites adaptés à ce que des personnes vivent aujourd'hui dans
notre société.
En quoi consiste la décision prise?
Elle consiste à institutionnaliser
un rite pour les couples de même sexe qui sont au bénéfice d'un partenariat au
niveau civil.
Concrètement, à quoi ressemblera ce rite?
C'est le
prochain travail du Conseil synodal. Le Synode lui demande de proposer un choix
de diverses formes de rite avant la fin de la législature, soit avant juin 2014.
Les
Eglises qui ont dit «oui» aux couples gays
Dans le monde, les
Eglises les plus ouvertes à la bénédiction des couples homosexuels sont les
Eglises protestantes
La plus grande
ouverture à la bénédiction des couples de même sexe se trouve dans les Eglises
protestantes d'Europe et d'Amérique du Nord. Ainsi que dans l'Eglise catholique
chrétienne - ou Eglise vieille catholique.
- En Suisse, le Conseil de la Fédération des Eglises
protestantes de Suisse (FEPS) s'est prononcé en faveur d'une bénédiction des
couples homosexuels en 2005. La question ne semble plus sujet à controverse chez
les protestants alémaniques: les neuf plus grandes Eglises réformées cantonales
qui ont légiféré sur la question y sont favorables*. Parmi elles, deux Eglises à
moitié romandes, celles de Berne-Jura-Soleure et de Fribourg. Les débats sont
plus tendus dans les Eglises uniquement romandes: l'Eglise protestante de
Genève et l'Eglise réformée neuchâteloise ont refusé d'entrer en matière sur le
sujet respectivement en 2006 et 2007. L'Eglise réformée valaisanne ne s'est pas
encore prononcée à ce jour.
- En Europe, des Eglises protestantes ont dit oui aux couples
gays au Pays-Bas - la première église en Europe en 1986 -, en Suède et en
Italie. En Allemagne, malgré une décision défavorable du conseil de l'Eglise
protestante d'Allemagne, neuf Eglises membres ont admis le principe d'une
cérémonie publique et cinq d'une bénédiction privée.
- Aux Etats-Unis et au Canada, diverses congrégations protestantes bénissent
les couples homosexuels, dont certaines depuis les années 1970.
- Une Eglise homosexuelle: signalons aussi le
mouvement d'Eglises «gay friendly», composées majoritairement d'homosexuels: la
Fédération internationale des Eglises chrétiennes œcuméniques (Universal
Fellowship of Metropolitan Community Churches) présente dans 37 pays du monde.
- Le non des catholiques, orthodoxes et évangéliques: Du côté des
catholiques, des orthodoxes et des évangéliques, pas question de bénir les
couples homosexuels. Chez les anglicans, l'homosexualité - plus précisément
l'ordination d'un prêtre engagé dans une telle union - a même créé un climat de
schisme. Pourtant, certaines des branches anglicanes, notamment aux Etats Unis,
pratiquent la bénédiction des couples de même sexe. - bn
* Cantons de
Zurich, Berne-Jura-Soleure, Fribourg, Saint-Gall, Grisons, Bâle, Lucerne,
Schaffhouse, Argovie.
|