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Oui à un rite à l'Eglise pour les couples homosexuels Version imprimable Suggérer par mail
03-11-2012

Le Synode de l'Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) a largement accepté le principe d'un rite pour les couples de même sexe, lors de sa session des 2 et 3 novembre à Saint-Sulpice. Le Conseil synodal est maintenant chargé de proposer un choix de diverses formes rituelles avant la fin de la législature en 2014. 

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Le parlement de l'Eglise réformée vaudoise est parvenu à un accord pour les couples homosexuels.

Photo : Gérard Jaton


Un pas important a été franchi par le parlement de l'Eglise réformée vaudoise. Après un débat long, nourri et constructif, le Synode de l'EERV a très largement voté en faveur d'un rite pour les couples de même sexe au bénéfice d'un partenariat enregistré (59 voix pour, 9 contre et 7 abstentions).

Le Synode n'a toutefois pas voulu trancher à la hâte sur la forme que devra prendre ce rite. Dans un esprit de sagesse, il a confié au Conseil synodal, l'exécutif, la responsabilité de lui soumettre, avant 2014, un choix de diverses formes possibles de rite.

Au cours des débats, plusieurs voix ont confié à quel point les deux jours de discussion ont permis aux avis de chacun d'évoluer. En s'offrant du temps pour étudier sérieusement plusieurs formes rituelles, le Synode a voulu donner la chance à sa base, soit le plus grand nombre de protestants, de faire également ce chemin. Le Conseil synodal s'en donnera les moyens.

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Interview de Line Dépraz, conseillière synodale

«Le principe d'un rite pour les couples partenariés
est acquis»

Line Dépraz, conseillère synodale, explique la décision prise par le parlement de l'Eglise réformée vaudoise d'accepter le principe d'un rite pour les couples de même sexe.

line_depraz_1Le Synode vient d'accepter le principe d'un rite pour couples partenariés. Ce projet répondait-il à une réelle demande?
Line Dépraz:
La proposition du Conseil synodal visait d'abord à reprendre une question non traitée par le Synode en 2008. Notre parlement avait alors réaffirmé que nous sommes une Eglise ouverte à toute personne croyante. L'orientation sexuelle n'entre pas en ligne de compte pour y être accueilli ou non. Dans la foulée, il avait estimé que l'orientation sexuelle n'était pas non plus un critère définissant l'accès ou non aux fonctions de pasteur et de diacre. Restait à déterminer si un acte liturgique spécifique pour les couples de même sexe pouvait être envisagé, et de quelle manière. Oui, des demandes existent aujourd'hui. Elles sont peu nombreuses mais révèlent un réel besoin et une attente authentique pour certains couples partenariés.

Votre Eglise est apparue divisée sur la question de la bénediction...
La question a effectivement provoqué des remous. Il m'importe de rappeler que, dans notre Eglise, il n'y a pas de prétention à une Vérité unique, immuable et indiscutable. Evangéliquement parlant, la vérité prend la forme d'une personne, Jésus-Christ, avec laquelle nous entrons en relation. De plus, notre Eglise fonctionne avec une structure démocratique dans laquelle chacun peut exprimer son avis. Dès lors le dialogue - voire la dispute - fait partie de notre tradition. Dans ces deux jours, le Synode de l'EERV a montré sa capacité d'avancer en dépassant les crispations. La résolution votée montre que l'acte de bénédiction était la pierre d'achoppement, mais que le principe d'un rite pour les couples partenariés est largement acquis (59 voix pour, 9 contre et 7 abstentions).

La majorité des autres Eglises - catholique, orthodoxes et évangéliques - sont opposées à la reconnaissance de couples homosexuels. Craignez-vous des conséquences pour le dialogue œcuménique?
Il ne faut pas confondre dialogue œcuménique et pensée unique. Je n'ai aucune crainte à ce sujet. Je crois que les Eglises réformées, comme celles de Berne-Jura-Soleure et de Fribourg, qui pratiquent des bénédictions de couples partenariés peuvent confirmer cette impression. Nous ne reconnaissons pas l'infaillibilité pontificale, nous n'exigeons pas le célibat des prêtres, nous avons ouvert le pastorat aux femmes... et nous partageons, avec l'Eglise catholique dans le canton de Vaud, des missions communes au service de tous qui ont pour but de favoriser la cohésion sociale.

Certains vous ont reproché de vouloir vous adapter à la société pour gagner des fidèles. Est-ce le cas?
Non. Notre démarche s'inscrit dans la fidélité au message de l'Evangile. Pour être vivant aujourd'hui, il exige constamment une interprétation renouvelée qui permette un langage et des rites adaptés à ce que des personnes vivent aujourd'hui dans notre société.

En quoi consiste la décision prise?
Elle consiste à institutionnaliser un rite pour les couples de même sexe qui sont au bénéfice d'un partenariat au niveau civil.

Concrètement, à quoi ressemblera ce rite?
C'est le prochain travail du Conseil synodal. Le Synode lui demande de proposer un choix de diverses formes de rite avant la fin de la législature, soit avant juin 2014.

  • bn

Les Eglises qui ont dit «oui» aux couples gays

Dans le monde, les Eglises les plus ouvertes à la bénédiction des couples homosexuels sont les Eglises protestantes

La plus grande ouverture à la bénédiction des couples de même sexe se trouve dans les Eglises protestantes d'Europe et d'Amérique du Nord. Ainsi que dans l'Eglise catholique chrétienne - ou Eglise vieille catholique.

  • En Suisse, le Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) s'est prononcé en faveur d'une bénédiction des couples homosexuels en 2005. La question ne semble plus sujet à controverse chez les protestants alémaniques: les neuf plus grandes Eglises réformées cantonales qui ont légiféré sur la question y sont favorables*. Parmi elles, deux Eglises à moitié romandes, celles de Berne-Jura-Soleure et de Fribourg. Les débats sont plus tendus dans les Eglises uniquement romandes: l'Eglise protestante de Genève et l'Eglise réformée neuchâteloise ont refusé d'entrer en matière sur le sujet respectivement en 2006 et 2007. L'Eglise réformée valaisanne ne s'est pas encore prononcée à ce jour.
  • En Europe, des Eglises protestantes ont dit oui aux couples gays au Pays-Bas - la première église en Europe en 1986 -, en Suède et en Italie. En Allemagne, malgré une décision défavorable du conseil de l'Eglise protestante d'Allemagne, neuf Eglises membres ont admis le principe d'une cérémonie publique et cinq d'une bénédiction privée.
  • Aux Etats-Unis et au Canada, diverses congrégations protestantes bénissent les couples homosexuels, dont certaines depuis les années 1970.
  • Une Eglise homosexuelle: signalons aussi le mouvement d'Eglises «gay friendly», composées majoritairement d'homosexuels: la Fédération internationale des Eglises chrétiennes œcuméniques (Universal Fellowship of Metropolitan Community Churches) présente dans 37 pays du monde.
  • Le non des catholiques, orthodoxes et évangéliques: Du côté des catholiques, des orthodoxes et des évangéliques, pas question de bénir les couples homosexuels. Chez les anglicans, l'homosexualité - plus précisément l'ordination d'un prêtre engagé dans une telle union - a même créé un climat de schisme. Pourtant, certaines des branches anglicanes, notamment aux Etats Unis, pratiquent la bénédiction des couples de même sexe. - bn

* Cantons de Zurich, Berne-Jura-Soleure, Fribourg, Saint-Gall, Grisons, Bâle, Lucerne, Schaffhouse, Argovie.