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Deux Albanais, musulman et chrétien,
parlent de leur communauté en Suisse et au Kosovo
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Des chrétiens kosovars en Suisse.
Photo : DR
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Les perspectives d’avenir des Albanais du Kosovo ont changé, depuis la première vague d’émigration albanaise en Suisse, il y a cinquante ans. La fin de la guerre au Kosovo en 1999 a marqué un tournant dans leur intégration: désormais, ils cherchent à rester en Suisse. «Le Kosovo est en voie de développement et la réalité du pays est moins rose que ce que les Albanais imaginaient», explique Bashkim Iseni, spécialiste des sociétés albanophones et rédacteur en chef d’albinfo.ch. En conséquence, c’est désormais chez nous que les Kosovars créent leurs entreprises et investissent dans l’immobilier. Dans les équipes nationales apparaissent le nom de joueurs comme Xherdan Shaqiri venus tout droit de Pristina.
Malgré la présence importante de cette communauté, l’islam qu’elle pratique reste discret. «Les Suisses n’ont pas conscience de qui sont les musulmans qui vivent chez eux. Or la pratique de l’islam albanais n’a rien à voir avec celle d’un Saoudien, par exemple», relève Bashkim Iseni. Le pays a été longtemps sous la coupe de nations étrangères, forçant ses ressortissants à s’adapter à d’autres coutumes. Parmi les quatre écoles juridiques musulmanes, les Albanais suivent le mouvement hanafite qui les autorise à s’inspirer des pratiques populaires, souvent chrétiennes en l’occurrence. Et au XIXe siècle, lorsque le nationalisme apparaît, la question de l’identité religieuse est reléguée au second plan. «Le ciment du projet national, c’est la langue, pas la religion», précise Bashkim Iseni.
Enfin, l’histoire du pays est marquée par la laïcisation imposée par la Yougoslavie dès les années 1960. Avec la démocratisation de l’éducation, l’imam perd le monopole du savoir et de l’autorité. «L’islam des albanophones de Suisse est donc plutôt culturel, et leur intégration, sur le plan religieux, ne pose aucun problème», sourit Baskim Iseni. Signe de ce mélange de religion et de laïcité, on voit souvent de curieux spectacles dans la soixantaine de centres communautaires et religieux albanophones que compte la Suisse. D’un côté, une salle de prière dans laquelle on se recueille; de l’autre, une salle de billard où on regarde sans complexes des programmes télévisés pas très religieux...
Mère Teresa, une icône nationale
«La tradition albanaise au Kosovo est imprégnée d’une profonde tolérance envers la religion des autres», selon le catholique Mirash Hajdaraj, professeur de langue et de littérature albanaises. Il se refuse à toute distinction entre les deux communautés: «Nous parlons la même langue, nous avons le même alphabet et partageons le même passé», souligne-t-il. Pour autant, cet Albanais qui vit en Suisse depuis seize ans est fier de mentionner le rôle «important» qu’ont joué les chrétiens dans l’histoire de leur pays. «Skanderbeg, considéré comme le protecteur des chrétiens européens contre l’invasion ottomane et grande figure de la nation, était un Albanais catholique!» dit-il. Par ailleurs, les catholiques auraient joué un rôle important dans la diffusion de la langue albanaise. Ainsi, la première phrase écrite dans cet idiome est une bénédiction: «Je te bénis au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.» Le premier livre imprimé en albanais est un missel, en 1555. «Le symbole national du Kosovo n’est rien d’autre qu’une sœur catholique, Mère Teresa», rappelle Mirash Hajdaraj.
Si la grande majorité des chrétiens du Kosovo est catholique, un petit groupe de protestants est apparu depuis peu, des fidèles qui ont «leur propre Eglise et qui sont respectés des autres», précise le professeur. Pour cette communauté, l’avenir semble prometteur. «Le Kosovo est enfin démocratique. Nous apporterons notre pierre à l’édifice, que ce soit ici ou là-bas».
En savoir plus
- Une conférence: Lundi 10 octobre, 14h30, «Religiosité des musulmans en Suisse», par Bashkim Iseni, maison de paroisse, Grand-Rue 35, Le Sentier
En chiffres
- Sur une population de 2 millions de personnes, le Kosovo compte environ 100 000 catholiques, soit 5%. En Albanie, on estime qu’il y a environ 10% de catholiques et 20% d’orthodoxes
- Sur les 60 000 Kosovars catholiques exilés dans le monde, la majorité vit aux Etats-Unis et 21 000 sont établis en Suisse, sur une population albanophone suisse autour de 225 000 personnes.
- La population albanophone vivant en Suisse compte environ 70% d’Albanais du Kosovo. Les 30% restants sont issus de Macédoine, de Serbie ou d’Albanie.
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