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Dominique Gisin: «La vitesse m'a toujours fascinée» Version imprimable Suggérer par mail
13-01-2012

Dominique Gisin, la plus charmante des skieuses suisses, parle de sa passion… et des aléas de la vie

rencontre

Dominique Gisin: "Le ski est vraiment une question d'équilibre"

Photo : Reuters 

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Encore une blessure au genou à l’entraînement mi-janvier puis une neuvième opération. Comment va votre moral?
Dominique Gisin: Je ne vais pas si mal. L'opération c'est bien déroulée et j'espère pouvoir revenir bientôt en bonne forme.

Comment allez-vous vous ressourcer?
Je vais faire de la thérapie et de l'entraînement ici à la Rennbahnklinik à Muttenz avec mon physio. Les gens ici sont géniaux!

La rencontre avec votre fan-club prévue à Saint-Moritz fin janvier aura-t-elle lieu?
Malheureusement pas, parce que je serai toujours en convalescence fin janvier...  

Vous avez subi plusieurs blessures. Vous n’avez jamais perdu courage?
C’est vraiment une affaire de cœur. J’aime tellement le ski et ma manière de vivre que cela aurait été vraiment dur d’arrêter et de ne pas essayer. Ne pas skier serait pour moi plus difficile qu’un genou douloureux. J’ai un bon médecin et un bon entourage médical. Malgré huit opérations, mon médecin ne m’a jamais dit d’arrêter. S’il l’avait dit, hum, ok, c’est dur mais la santé passerait en premier.

Avec l’équipe féminine de vitesse, vous avez une seconde famille?
C’est vraiment cela. Nous vivons ensemble et partageons des chambres à deux. Nous avons peur ensemble, nous rions ensemble. C’est une bonne école pour la vie. Nous apprenons à vivre ainsi les succès, les échecs, les blessures, la chance ou la malchance, des émotions fortes. Cette année, c’est vraiment une équipe géniale et du moment que nous sommes fortes, nous pouvons vraiment nous pousser à l’entraînement.

Avez-vous d’autres passions que le ski?
Je lis beaucoup. En été, j’aime jouer au golf et j’aimerais en faire plus. Cela me donne de l’énergie d’aller jouer avec la famille ou les amis, dans les montagnes. C’est reposant et ressourçant. Côté mental, cela m’aide beaucoup. Au golf, vous avez quatre heures pour opérer les changements et faire les bons choix en vue d’un bon résultat. Sur la piste vous avez une minute trente ou deux minutes à disposition. Les décisions doivent être prises immédiatement. J’ai 10 de handicap, mais je n’aurais pas la patience pour arriver au top dans ce sport. Autrement, j’aime bien pratiquer tous les sports, grimper, nager, bouger.

  • bn 

Vous êtes skieuse de descente et pilote. C’est la vitesse que vous aimez?
Dominique Gisin: C’est sûr. Je ne peux pas dire autre chose. La vitesse m’a toujours fascinée. J’aime bien la sentir, que ce soit sur les skis, où elle est très proche, ou en avion. Elle me donne le sentiment de la liberté. Mon plus grand plaisir est de descendre des pistes merveilleuses, sans limite, en allant au maximum. Mes premiers souvenirs sont liés au ski. Enfants, nous glissions sur une petite pente au bas de laquelle il y avait une bosse pour nous freiner. J’essayais toujours de passer la bosse.

Vous recherchez le danger?
Non, je ne cherche pas le risque ni le danger. Je me sens très sûre quand je vais vite, tout à fait confiante et à l’aise. Je recherche plutôt le feeling de l’extraordinaire proximité avec la montagne. Pour moi, faire du ski est une affaire vraiment simple. Aussi évidente que de marcher. J’ai commencé de skier à l’âge d’un an et demi.

Vous arrive-t-il de faire les choses lentement?
Oui, il y a beaucoup de choses que j’aime faire tranquillement. Engelberg est un village tranquille. Il est important de prendre parfois son temps. Sur la piste, cela va vraiment vite et on s’y habitue. Mais il est impossible de tout faire à 130 km/h.

Vos parents tiennent un magasin de sport à Engelberg (OW). C’est bien vous qui aimez le ski, ou seulement eux qui vous ont poussée?
Toute la famille aime le ski. Mes parents, mon frère et ma sœur. Nous avons commencé à skier tôt. Mes parents nous ont pris avec eux. Je suis entrée au ski-club, où j’ai toujours beaucoup d’amis. Cela a toujours été ma vie de courir et de voyager. Finalement, mon hobby est devenu ma profession. C’est exceptionnel.

La célébrité a-t-elle changé votre vie?
Pas énormément. Le ski est un sport populaire et proche des gens. Si je vais quelque part, les gens me reconnaissent et c’est agréable. Je dois prévoir un peu plus de temps si je vais faire mes achats, car tout le monde veut me dire un mot gentil. J’adore. Les gens d’ici vivent un peu les courses avec moi. C’est vraiment sympa.

Vous êtes réputée pour votre bon caractère. Comment faites-vous pour ne jamais perdre votre bonne humeur?
Ce n’est malheureusement pas toujours le cas et ce n’est pas toujours facile. Mais je fais de mon mieux. Du fait des blessures que j’ai eues, je suis tellement contente de pouvoir encore faire du ski en pro, et d’être au top. Je suis vraiment heureuse d’être là. Je ne peux pas considérer que c’est normal. Alors si un jour les choses ne se passent pas comme prévu, je suis toujours contente que mes genoux tiennent le coup.

Vous vouliez devenir pilote dans l’armée suisse. Après le ski, vous deviendrez pilote de ligne?
J’ai commencé à voler quand j’étais blessée. Les sélections pour l’armée sont une bonne chose que je ne peux que conseiller. Finalement, je n’ai pas été retenue à cause de mes jambes. J’ai fait ma licence privée, mais je ne crois pas que je serai pilote de ligne. Cela ressemble trop à ma vie actuelle, où je suis toujours loin. Je vais peut-être poursuivre pour obtenir une licence de pilote de vols commerciaux. Cette activité me permet de faire autre chose que du ski. C’est une formation intéressante, qui est bonne pour moi.

Pour vous, que représente la religion?
Je suis protestante. C’est spécial dans mon village qui est catholique. J’ai toujours cru à une force plus grande que nous. Je le sens chaque jour à Engelberg, en regardant par la fenêtre. Je prie depuis que je suis petite. Cela me donne confiance dans ce que je fais, et de la force dans les moments difficiles. J’ai suivi l’école au monastère d’Engelberg, comme tous les enfants du village. Adolescents, nous avons toujours pu discuter avec les moines qui étaient ouverts à d’autres idées. J’ai beaucoup de respect pour cela. C’était aussi l’occasion de rencontrer des gens de toutes les cultures et religions représentées dans l’internat du monastère. C’était vraiment intéressant.

Vous avez commencé des études de physique?
Oui, à Bâle. Mais je les ai interrompues il y a trois ans. Suivre les études en même temps que le ski, c’était trop. Le ski et l’entraînement, c’est déjà beaucoup, mais il y a aussi de l’administration. Je suis moi-même une petite entreprise. Je pars deux mois en Amérique, je reviens et dois faire le courrier… Après une journée de ski, je n’ai plus l’énergie pour passer trois heures à trouver la solution d’un problème compliqué. Mais ces études m’ont fascinée. J’espère pouvoir les reprendre après le ski. C’est un chemin que je peux imaginer. Je sais que le sport est pour un temps limité et j’ai beaucoup de projets. Plutôt trop que pas assez.

Quelle qualité faut-il avoir pour gagner?
Plus je skie, plus je suis persuadée que ce n’est pas une qualité, mais un équilibre de qualités: la technique, le matériel, la disposition d’esprit, l’entourage, le corps et d’autres encore. Il faut qu’il y ait un équilibre de toutes ces qualités pour réussir. Vous ne pouvez pas regarder que le physique, celui qui lève le plus de poids. C’est important, oui, mais il y a aussi l’endurance, la vitesse physique, l’équilibre. Le ski est vraiment une question d’équilibre, dans tous les sens du mot.

La famille est importante pour vous. Comptez-vous en fonder une?
Mes parents m’ont toujours soutenue, avec le cœur, financièrement aussi. Mon frère et ma sœur font également du ski. Nous nous entraînons parfois ensemble pour le physique. Mes parents aiment le ski et sont mes plus grands fans. Pour eux, ce n’est que du plaisir de venir aux courses et de nous tenir les pouces. Quant à fonder une famille, c’est encore loin, je ne pense pas à cela pour l’instant. J’espère que cela viendra. Mais pour l’instant, c’est le ski!

  • V.Vt
Biographie express

 

Dominique Gisin, 26 ans

  • Un palmarès: Trois victoires en coupe du monde en descente et en Super-G.
  • Un beau souvenir: «Ma première victoire à Zaauchensee en Autriche, en descente en 2009.»
  • Un site: www.dominiquegisin.ch avec un blog.