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La religion d'Hermann Hesse |
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| 26-06-2012 | |||
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Cinquante ans après sa mort, l’auteur de «Siddhartha» reste un modèle de quête spirituelle. A découvrir avec le professeur Christoph Gellner
Fils de missionnaire piétiste à qui était promise une carrière de pasteur, Hesse s’est éloigné du christianisme pour réaliser son rêve littéraire. «Nous vivions sous une loi sévère qui se défiait des penchants, des besoins et du développement d’un jeune homme, et qui n’était pas prête à reconnaître ses dons et particularités, se souvient le Hesse de 59 ans. Le principe du christianisme piétiste était de voir dans la volonté de l’homme quelque chose de mauvais. Cette volonté devait donc d’abord être brisée avant que l’homme puisse atteindre le salut dans l’amour de Dieu et dans la communauté chrétienne.» «Très tôt, en revanche, Hesse s’est senti familier des religions de l’Inde et de la Chine, explique Christoph Gellner, professeur à l’Université de Lucerne. Il a recherché durant toute sa vie la religion qui lui corresponde.» Hesse lit les textes indiens du vedanta et du bouddhisme, les upanishad, la Bhagavadgita, puis les taoïstes chinois, Confucius… «La rencontre avec la psychologie des profondeurs et avec l’art de vivre du taoïsme chinois lui a permis de se libérer d’une conception du bouddhisme comme fuite résignée du monde, explique le Pr Gellner. Il a considéré son conte indien ‹Siddhartha› comme l’expression de sa libération de la pensée indienne.» Bouddha et LutherLe bouddhisme apparaissait alors à Hesse «comme une sorte de réformation indienne, correspondant exactement à la Réforme chrétienne». Bouddha lui semblait comparable à Luther, le mouvement bouddhiste comparable au mouvement de la Réformation en Europe. «Avec les mêmes conséquences fatales que celle du protestantisme», observe le professeur lucernois. Hesse écrit: «On commence dans les deux cas avec une spiritualisation et une intériorisation. La conscience individuelle est considérée comme l’instance la plus importante, on se débarrasse des rituels extérieurs, de la commercialisation du salut, de la magie et des rites de sacrifices, la caste sacerdotale perd de son influence, la pensée et la conscience de l’individu se dressent contre les anciennes autorités.» Tout cela, aux yeux de Hesse, finit mal. Les deux fois, relève le spécialiste, «en Inde comme en Europe, la religion protestante, apparemment tellement plus pure, plus spirituelle, n’est pas restée fertile en tant que religion, elle est devenue une philosophie, un savoir.» «Toute religion teintée de réformation, s’emportait Hesse, se transforme en un mauvais culte du sentiment d’infériorité.» Cette dure critique ne l’a pas empêché de chercher «à repérer dans les divers courants religieux des structures fondamentales communes», note Christoph Gellner.
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«Pour Hesse, l’homme devait suivre un chemin par étapes, à partir d’une unité originelle naïve, puis par la connaissance du bien et du mal, les exigences de la culture et des religions, jusqu’à la difficile prise de conscience que l’amélioration de soi et le salut par les œuvres sont inaccessibles. Cette découverte ouvre sur l’expérience de la grâce et de la rédemption, qui n’est autre que la foi. C’était pour lui le cœur de chaque authentique religion, qui culmine dans une vie capable de s’appuyer sur la force de la foi.»
Toutes les religions tournent autour de ce secret. Pour l’auteur, «la sagesse ne peut pas être enseignée, ni partagée. Personne ne sera sauvé par un enseignement.» La sagesse ne peut être vécue que comme une expérience personnelle sur le chemin de sa vie.
Le détour par les religions orientales permettra à Hesse de renouer avec le christianisme, dans «une nouvelle vision orientale, relève Christoph Gellner. Siddhartha fonde son étonnante profession de foi en l’amour sur une expérience profonde. Celle de l’identité ultime entre le moi individuel et universel. Il s’agit de dépasser l’ego pour toucher à ce qui, dans le domaine des religions, est décrit comme l’Un, le Tao ou Dieu.» Pour le spécialiste, Hesse reste un modèle pour les jeunes générations en quête spirituelle, «en particulier du fait de son ouverture, de son respect des valeurs du monde spirituel et de sa révérence pour les formes diverses que peut prendre l’expérience de la transcendance».
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